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André Grimaldi « quand on augmente les dépenses dans un secteur, on les diminue dans un autre»

En première ligne depuis des années pour réclamer une augmentation des remboursements de la Sécurité sociale, le professeur de médecine André Grimaldi, admet que la réforme du reste à charge zéro qui prévoit cette hausse des remboursements du régime de base est positive. Notant que la gratuité améliore l’observance des patients, il faudrait selon lui étendre la prise en charge à 100% à un « panier de soins et de prévention solidaire ».

– Ces dernières années, vous avez régulièrement revendiqué une hausse des remboursements de l’assurance-maladie pour « une santé plus solidaire ». Sans que ce soit mis en avant, la réforme du reste à charge zéro prévoit une augmentation inédite des remboursements de la Sécurité sociale. Vous voyez cela comme positif ?

Oui cela est positif. Mais n’oublions pas que l’enveloppe des dépenses de l’assurance maladie obligatoire fixée par l’ONDAM est fermée et que quand on augmente les dépenses dans un secteur, on les diminue dans un autre. Cette année les tarifs de remboursement des séjours hospitaliers ont diminué de 0,5% après une diminution de 4% en 5 ans. Et le forfait hospitalier à la charge du patient ou de sa mutuelle a augmenté de 2 euros par jour depuis le 1er janvier dernier.

En outre, comme les mutuelles sont soumises au régime européen des compagnies d’assurances, elles vont inévitablement augmenter le montant de leurs cotisations. On transfère une partie du déficit de la Sécurité sociale sur les hôpitaux et sur les organismes complémentaires.

 – Quel regard portez-vous sur cette réforme du reste à charge zéro dans son ensemble ?

Le reste à charge zéro a un sens pour les soins préventifs ou thérapeutiques relevant de la solidarité nationale. C’est d’ailleurs le sens de la prise en charge à 100% des affections de longue durée (ALD). Il est démontré que la gratuité améliore l’observance des patients et les résultats médicaux dans les pathologies graves évolutives comme le diabète ou l’insuffisance coronaire. La prise en charge à 100% par la Sécurité sociale devrait être étendue à un « panier de soins et de prévention solidaire ».

Dans le même temps, un certain nombre d’actes et de prescriptions relevant de choix personnels (homéopathie, cures thermales, médecines dites alternatives comme l’acupuncture, médicaments remboursés à 15 ou 30%, refus des génériques, examens systématiques  non justifiés…) ne devrait pas être remboursé par la Sécurité sociale mais relever soit de la poche des patients soit d’assurances privées qui ne seraient plus alors « complémentaires » mais « supplémentaires ».

 – Plus généralement, que pensez-vous de la politique menée en matière de santé : remise en cause de la T2A à l’hôpital avec l’accent mis sur la prise en charge au parcours et non à l’acte, développement de la télémédecine, importance accordée à la prévention ?

Le diagnostic de la ministre est le bon : notre système, de soins plus que de santé, a été construit pour les maladies aiguës bénignes ou graves mais pas pour les maladies chroniques et leur prévention. C’est une autre médecine qui suppose une prise en charge globale, un travail en équipe et une coordination  entre les professionnels et donc un financement par dotation. Le tout en partenariat avec les patients eux-mêmes et leur entourage. Mais la vieille médecine libérale est attachée au paiement à l’acte et les fédérations hospitalières veulent garder le tout-T2A quitte à le complexifier un peu plus. On ne peut pas résoudre un problème avec la méthode de pensée qui l’a créé. Sur ce sujet, on attend les décisions du président de la République annoncées pour fin mai, puis fin juin, puis pour cet l’été… 

 

André Grimaldi est coauteur du Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire (éd. Odile Jacob, 2011) et de Les maladies chroniques, vers la 3ème médecine (éd. Odile Jacob, 2017) 

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