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Dépendance : «Nous soutenons le principe d’un financement basé sur la solidarité nationale»

Interview de Patrice Fort, chargé des questions de dépendance et de perte d’autonomie au sein de la Fédération des mutuelles de France

Quelle est votre analyse de la situation en matière de prise en charge de la dépendance et de la perte d’autonomie ?

Tous les pays occidentaux sont confrontés à la même problématique. Dans ce domaine, les besoins financiers et de services vont exploser dans les quinze prochaines années. De 30 milliards d’euros, ils passeront progressivement, en France, à 50 milliards. Tout le monde le sait, toutes les études l’annoncent, et pourtant les mesures prises demeurent dramatiquement loin des enjeux. Si on ne met pas en place des dispositifs pérennes, c’est une catastrophe sanitaire qui s’annonce.
Le mouvement social récent dans les Ehpad en est un premier signe. En Europe, certains Etats, comme la Suède, ont choisi de s’appuyer principalement sur la puissance publique, d’autres se tournent vers le privé, ou laissent ce dossier aux initiatives individuelles.
En France, la situation se caractérise par la multiplicité des intervenants :
publics, associatifs ou privés. On explique généralement cette complexité par le mille-feuille administratif français, mais aussi par le fait que la dépendance est au carrefour de deux univers, le médical et le social, et fait appel à des services et à des circuits de financement différents. Complexe et parfois inégalitaire, ce système laisse aussi à la charge des familles une somme évaluée à près de 6 milliards d’euros, à laquelle il faut ajouter l’engagement quotidien et non quantifié de milliers d’aidants, principalement familiaux, et les coûts sanitaires, sociaux et financiers qu’il représente.

Que préconisez-vous ?

Aux Mutuelles de France, nous soutenons résolument le principe d’un financement basé sur la solidarité nationale. Qu’on le nomme cinquième branche, cinquième risque ou fonds national importe peu. Nous parlons là d’un risque universel qui peut toucher chacune et chacun d’entre nous. Les réponses doivent donc être collectives et solidaires. Sur cette base, on peut imaginer que les mutuelles prennent leur part, par des prestations spécifiques, par la mise en place de services à la personne, par des prises en charge ciblées, par des outils de prévention retardant le placement en institution. Toutes choses qu’elles font déjà, mais qui pourraient être développées. On peut imaginer aussi, comme le propose la Mutualité française, qu’elles participent directement, et conjointement avec l’Etat, au financement de la dépendance et de la perte d’autonomie. Pourquoi pas ? Mais cette participation éventuelle devrait s’accompagner d’un engagement ferme des pouvoirs publics à réexaminer le montant des taxes qui pèsent sur les contrats santé, et qui, dans ce domaine comme dans d’autres, limitent et entravent leur capacité d’initiative.

Une tarification progressive des Ehpad en fonction des revenus fait partie des 21 propositions formulées par la Mutualité Française fin décembre, qu’en pensez-vous ?

C’est une idée intéressante et qui permettrait un meilleur accès aux Ehpad aux français les plus modestes. Mais elle appelle de nombreuses questions, notamment de savoir qui contribuera à ce fonds de compensation ? Ou qui comblera le manque à gagner ? 

 

Anne-Marie Thomazeau
Rédactrice en chef adjointe du magazine Viva, Anne-Marie Thomazeau est spécialisée dans la protection sociale et l’économie de la santé.

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