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« Elections européennes : se battre pour une meilleure visibilité des mutuelles » plaide Alain Coheur

A la veille des élections européennes prévues entre le 23 et le 26 mai dans toute l’Europe, les représentants du monde mutualiste se mobilisent de toute part pour défendre une Europe plus sociale. C’est le cas, en France, de la Mutualité Française qui a lancé un Manifeste « Construisons ensemble l’Europe sociale de demain ! » et qui organise un grand débat le 11 avril à Paris. C’est le cas aussi de Social Economy Europe qui a publié un memorandum sur ce thème et de la mutuelle belge Solidaris. Son directeur affaires européennes, Alain Coheur, insiste sur la nécessité de faire appliquer le « Socle européen des droits sociaux » et de mettre en place un Plan d’action pour accroître la place de l’Economie sociale et solidaire dans l’Union européenne.

– Alors que les élections européennes se rapprochent, le besoin se fait pressant de donner une tournure plus sociale à l’Union européenne. Dans cette perspective, le « Socle européen des droits sociaux » est-il un point d’appui ?

Il est évident que la dimension sociale n’a pas été le moteur de la construction européenne. Dans ce contexte, toute initiative pour renforcer l’Europe sociale est positive. Je rappelle que le « Socle européen des droits sociaux » est un projet lancé en mars 2016 par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et que ce « Socle » a été adopté par l’ensemble des Etats membres au sommet de Göteborg, en Suède, le 17 novembre 2017. 

C’est une étape importante. Concrètement, le « Socle » définit 20 principes tels que le droit d’accès au marché du travail ou le droit à un salaire juste permettant un niveau de vie décent. A noter le principe qui intéresse les mutuelles : « Les travailleurs salariés et les travailleurs indépendants ont droit à une protection sociale appropriée ». Bien sûr, la question se pose : est-ce un catalogue de vœux pieux ? 

En fait, il faut admettre que la Commission européenne a déjà fait quelques propositions législatives pour mettre en pratique ces principes : elle a proposé la création d’une Autorité européenne du travail (inspection du travail), des avancées sur les aidants familiaux ou encore des règles pour une meilleure coordination des systèmes de Sécurité sociale. On peut penser que les instances européennes ont pris conscience que continuer à ne s’intéresser qu’à la seule intégration économique et financière peut conduire, à plus ou moins brève échéance et sous la pression du populisme, à l’effondrement de l’Union. C’est pourquoi, ce « Socle européen des droits sociaux » est une opportunité considérable. 

A la veille des élections européennes, nous sommes mobilisés pour que la nouvelle Commission européenne qui va se mettre en place à l’issue du scrutin poursuive dans la voie de la transcription concrète et législative des principes du « Socle ». 

– Les représentants du monde mutualiste militent pour une reconnaissance de l’Economie sociale et solidaire (ESS) par la Commission européenne. Concrètement quelles sont les actions qui sont menées ?

Les initiatives des représentants mutualistes convergent de toute part. Ainsi, ma mutuelle Solidaris s’est associée au groupe français Vyv dans ce sens : nous avons rédigé un memorandum intitulé « Ensemble, faisons battre le cœur social de l’Union européenne ». Dans le même temps, la Mutualité Française s’est engagée avec son  Manifeste « Construisons ensemble l’Europe sociale de demain ! » cosigné par dix partenaires dans six Etats membres dont ma mutuelle Solidaris. De son côté, Social Economy Europe, la structure qui représente les intérêts de l’ESS au plan européen, a publié un memorandum pour les élections européennes de 2019 : « Economie sociale, un moteur de progrès économique et social en Europe ».

On peut dire qu’on est passé à un mode combatif alors qu’avant on subissait les choses. Il y a encore peu de temps, il n’y avait que deux personnes à la Commission européenne chargées de l’ESS. Aujourd’hui, il y a une véritable « Unité Ess » composée de 6 fonctionnaires européens qui pilotent le GECES (Expert Group on Social Economy and Social Enterprises), un groupe d’une quarantaine d’experts ESS ayant un rôle consultatif auprès de la Commission. 

On marque des points mais on est encore au milieu du gué. Nous voulons obtenir un Plan d’action de la Commission sur l’ESS, ce qui implique une dynamique concertée avec des projets ESS à décliner dans les Etats membres et un budget. 

– Quel impact une telle reconnaissance de l’ESS pourrait-elle avoir pour les mutuelles ?

Cela permettrait aux citoyens européens de mieux identifier les mutuelles comme les acteurs d’une économie alternative et solidaire. Il y a un combat pour une meilleure visibilité. Cela permettrait de mieux mettre en avant leurs différences avec les assureurs privés : pas de sélection, pas d’exclusion et une solidarité entre malades et bien portants, jeunes et plus âgés. Et de mieux faire connaître leurs activités. Il y a de quoi se démarquer mais ce n’est pas toujours clair dans l’esprit des gens. Je suis persuadé qu’il y a une reconquête à mener, en s’appuyant sur les valeurs mutualistes qui correspondent exactement aux demandes des citoyens usés par la brutalité des seules valeurs de la concurrence libre et non faussée. Nous sommes dans une société en mutation qui a soif de sens et d’humanité, l’ADN des mutuelles.

Propos recueillis par Emmanuelle Heidsieck

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