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Jean-François Naton : « Je plaide pour une reconquête de la Sécurité sociale »

Au moment où la Cgt se lance dans un mouvement social pour la défense des services publics (Sncf), son responsable Travail-santé-protection sociale, Jean-François Naton, porte un jugement sévère sur la politique de santé menée par le gouvernement : « Nous faisons face à l’effondrement du système de santé et la priorité du gouvernement est de réduire les déficits. Hôpitaux, Ehpad, déserts médicaux, reste à charge zéro… Il y a des besoins financiers en urgence absolue. »

– Que pensez-vous de la réforme annoncée du reste à charge zéro en optique-dentaire-audioprothèse ?

La question de l’accès aux soins en optique et en dentaire est un des combats historiques de la Cgt. Toutes ces dernières années, nous n’avons eu de cesse d’exiger de meilleurs remboursements de l’assurance-maladie de base pour ces deux postes. A ce sujet, il faut préciser qu’une réflexion est lancée au sein de la Cgt depuis le dernier congrès confédéral de 2016 autour du périmètre de remboursement de la Sécurité sociale. Devons-nous, pouvons-nous tendre à une Sécu intégrale excluant les organismes complémentaires du remboursement des soins ? Devons-nous plutôt repenser un  nouvel équilibre Amo-Amc qui passe par une assurance-maladie de haut niveau et des organismes complémentaires qui aient leur place, toute leur place, mais rien que leur place. Pour moi, le mutualisme est constitutif du mouvement social et, comme la prévoyance, antérieur à la Sécurité sociale. J’ai du mal à penser que la mutualité et les institutions de prévoyance doivent disparaître.

Cela dit, le danger de cette réforme du reste à charge zéro, c’est d’en faire supporter le financement par les complémentaires, ce qui conduirait à une hausse de leurs tarifs et donc à un renforcement des inégalités dans l’accès aux soins, notamment pour ceux qui n’ont pas de prise en charge par leur employeur. 

Pour que cette réforme soit une réussite, il faut que l’assurance-maladie soit en première ligne. Ce qui veut dire, pour le dentaire, une revalorisation significative et pas seulement cosmétique des actes conservateurs pour assainir la politique de la rémunération par la prothèse qui conduit au renoncement aux soins ; cela veut dire une intervention nouvelle et conséquente de l’assurance-maladie en optique et en audioprothèse. Dans ce dernier domaine, on peut dire qu’on a laissé le marché au marché.

– Sur le sujet du reste à charge zéro, La Mutualité Française prône, outre la hausse des remboursements de l’assurance-maladie, le développement des réseaux de soins et la liberté laissée aux mutuelles de prises en charge plus complètes que le panier Rac zéro. Que pensez-vous de ces propositions ? 

Nous avons toujours été favorables à l’organisation d’un système de santé où les centres de santé et les réseaux de soins aient leur place. Ils tiennent un rôle, nous le savons bien, qui vise à moraliser un système où le libéralisme a pris trop de place. La santé n’est pas une marchandise. Or, précisément, en optique-dentaire-audioprothèse, elle est devenue une marchandise, un produit. C’est pourquoi nous sommes pour un développement des réseaux de soins qui permette à la mutualité de peser davantage par des pratiques vertueuses. Les comparatifs peuvent peuvent permettre une meilleure régulation. 

Quant à la possibilité laissée aux mutuelles de proposer des options, nous y sommes également favorables à la condition, bien sûr, que cela ne conduise pas à définir un panier Rac zéro a minima complété par le marché pour le surplus.

– Alors que la Cgt s’engage dans un mouvement social pour la défense des services publics (Sncf, Ehpad, etc.), quel regard portez-vous sur la politique générale menée par le gouvernement en matière de santé ?

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a l’art de porter haut des valeurs de prévention, de promotion de la santé, de transformation. Mais, il n’y a pas les financements qui vont concourir à cette transformation. On reste dans l’incantation. Nous faisons face à l’effondrement du système de santé. C’est une crise globale (hôpitaux, déserts médicaux, dépassements d’honoraires, médico-social…), qui nécessite des besoins financiers en urgence absolue. Par exemple, nous préconisons que les excédents de la branche AT-MP (1,1 milliard d’euros en 2017) soient affectés à une véritable politique de prévention et de promotion de la santé au travail. Mais c’est refusé par Bercy, car la priorité du gouvernement est de réduire les déficits. On est sur des logiques financières qui contredisent les bons mots de la ministre de la Santé. 

Un rapport du Cese, où je siège, va prochainement sortir et illustrer la maltraitance institutionnelle à l’œuvre dans les Ehpad (rapport à paraître en mai 2018), un second sur les conditions déplorables de la prise en charge de la fin de vie est paru le 10 avril 2018. Je reste bouleversé par ce qui nous a été donné à voir et à entendre concernant l’absence des derniers soins donnés, de dignité et de fraternité transmise. Je plaide pour une reconquête de la Sécurité sociale dont le reste à charge zéro optique-dentaire-audioprothèse ne serait qu’un premier pas. Le Rac zéro doit s’étendre, ce qui se pose comme un choix de société.

 

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