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« On continue de réduire les coûts au lieu de faire du maillage territorial » Laurence Cohen, sénatrice

Alors que la loi santé portée par la ministre Agnès Buzyn a été adoptée par l’Assemblée nationale ce 26 mars, la sénatrice communiste Laurence Cohen estime que cette réforme ne répond pas aux besoins et qu’elle ne permet pas de lutter contre les déserts médicaux. Le développement d’hôpitaux de proximité et de Cpts (Communautés professionnelles territoriales de santé) ne va pas permettre « le maillage territorial », seul à même d’améliorer le système selon Laurence Cohen. Après un tour de France d’un an, l’ensemble des parlementaires communistes vont présenter leur « loi santé » au mois de juin prochain. Au cœur de leur projet : la création d’un service public de soins primaires organisé autour de centres de santé.

Quel est votre regard sur la loi santé d’Agnès Buzyn présentée ces jours-ci à l’Assemblée nationale ?

Même s’il y a quelques aspects intéressants comme la fin du numerus clausus et la suppression de la T2A à l’hôpital, je désapprouve cette loi santé qui va dans le même sens que la loi Hpst de Roselyne Bachelot et la loi de Modernisation du système de santé de Marisol Touraine. On est toujours dans l’idée de s’attaquer aux dépenses et de les réduire. La ministre dit vouloir lutter contre la souffrance au travail du personnel hospitalier mais cette logique économique va encore aggraver les difficultés. 

N’est-ce pas pourtant positif de créer des hôpitaux de proximité et de faire travailler les médecins libéraux en réseau dans le cadre des Cpts (Communautés professionnelles territoriales de santé) ?

L’idée de créer près de 600 hôpitaux de proximité d’ici à 2022 est a priori séduisante, notamment pour lutter contre les déserts médicaux. Mais, cela pose deux problèmes. Tout d’abord, l’hôpital de proximité n’aura pas de maternité, pas de chirurgie et pas de plateau technique, ces éléments étant recentrés dans de gros établissements. On nous dit que cette approche répond à des critères de sécurité, les petits hôpitaux ne faisant pas assez d’opérations et d’accouchements. Très bien, mais qu’en est-il de la sécurité pour les femmes qui, très éloignées de ces grandes maternités, vont accoucher dans un camion de pompier ou dans une voiture ? Par ailleurs, cela ne permettra pas de lutter contre les déserts médicaux car ces petits hôpitaux existent déjà : ce qui va changer c’est leur dénomination en « hôpital de proximité » et leur mission qui va davantage s’apparenter à celle d’une maison de santé. Il ne va pas y avoir d’augmentation de l’offre de soins. 

Quant à l’accent mis sur les Cpts, ce n’est pas une option suffisante. La meilleure réponse à la pénurie de médecins et au besoin d’une meilleure prise en charge des patients, c’est le maillage territorial. Moi et mon groupe défendons le développement des centres de santé, car c’est le lieu d’exercice le plus proche du modèle de l’hôpital : les centre de santé accueillent tous les patients, sans dépassements d’honoraires ; ils répondent au désir de salariat des jeunes médecins ; et ils constituent un facteur de sécurité du fait du travail en équipe. Si les gens vont aux urgences, c’est parce qu’ils ne trouvent pas suffisamment ce type de structures en médecine de ville. 

Vous préparez des propositions alternatives à cette loi santé qui seront présentées au mois de juin, lors du passage de la loi au Sénat. Pouvez-vous donner quelques précisions sur cette initiative ?

C’est une initiative commune des parlementaires communistes de l’Assemblée nationale et du Sénat. Nous avons fait un tour de France des hôpitaux publics et des Ehpad depuis un an pour recenser et comprendre les besoins aussi bien pour les patients que pour le personnel. Nous avons ainsi visité 120 établissements dans 55 départements. Une première ébauche de notre « loi santé » a été soumise le 18 mars à une centaine de personnes (médecins, syndicalistes, usagers) et nous allons la finaliser et la présenter publiquement au mois de juin prochain. Parmi les mesures que nous proposerons, on peut déjà noter : 

. financer l’assurance maladie en fonction de l’évolution réelle des besoins de santé ;

. mettre à contribution les revenus du capital pour financer la Sécurité sociale ;

. créer un service public de soins primaires organisé autour de centres de santé ;

. mettre en place le conventionnement sélectif pour les médecins qui s’installent (refuser le conventionnement dans les zones surdotées) ;

. généraliser le tiers payant intégral ;

. évaluer les effets positifs et négatifs du virage ambulatoire ;

. renforcer les Ehpad ;

. définir l’hôpital de proximité comme étant un établissement doté d’un service  d’urgences ouvert 24h/24, d’une maternité de niveau 1, de services de médecine et de chirurgie, en lien avec un réseau de centres de santé et la psychiatrie de secteur.

* Laurence Cohen est co-auteur du rapport sénatorial « Les urgences hospitalières, miroir des dysfonctionnements de notre système de santé » (26 juillet 2017). C’est un rapport de consensus, les autres auteurs étant Catherine Génisson (groupe socialiste) et René-Paul Savary (LR), qui a été approuvé par la commission des affaires sociales du Sénat. Le constat y est fait que la crise des urgences ne fait que refléter la crise générale du système de santé. 

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