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« Les Français veulent plus d’Europe en matière de santé » Alain-Michel Cerreti, président de France Assos Santé

France Assos Santé vient de publier un sondage CSA indiquant une très forte attente des Français pour plus d’Europe en matière de santé. Son président, Alain-Michel Cerreti, constate que « nos concitoyens ont compris que l’union fait la force », notamment pour faire baisser les prix des médicaments, lutter contre les lobbys et organiser des campagnes de prévention à l’échelle européenne. Pour vraiment avancer sur ces sujets, « nous revendiquons la création d’un poste de vice-président de la Commission européenne en charge de la santé ». 

– Votre récent sondage CSA indique une forte attente des citoyens Français de régulation par l’Europe des questions de santé. Comment analysez-vous ce résultat ?

Ces résultats montrent que nos concitoyens ont compris que l’union fait la force. Les sujets de santé montent dans l’opinion car, en Europe, on attend l’Etat dans trois domaines : l’éducation, la sécurité et la santé. La ligne directrice en Europe, c’est que chacun paye en fonction de ses revenus et reçoit en fonction de ses besoins. On peut dire que cette prise en charge de la santé, publique et solidaire, constitue la « marque Europe ». A l’opposé d’un système privatisé comme aux Etats-Unis, par exemple. 

– 91% des Français sont favorables à une coopération européenne sur les prix des médicaments. Comment y parvenir ?

Toute la question est de parvenir à peser dans le rapport de force avec l’industrie pharmaceutique. Là encore, les résultats du sondage indiquent que les Français ont bien conscience que les Etats membres seront plus forts s’ils sont ensemble pour faire pression sur l’industrie. Aujourd’hui, chaque pays négocie les prix, sans aucune information sur les prix négociés dans les autres pays. Les laboratoires mettent les pays en concurrence : c’est celui qui paye le plus cher et le plus vite qui emporte les stocks les plus importants. 

Dès lors, il faut une négociation européenne qui oblige les laboratoires à fixer des prix abordables pour la viabilité des régimes de protection sociale et pour les patients. C’est particulièrement important quand on sait qu’on est à la veille de plusieurs révolutions dans le médicament avec l’arrivée de traitements dits de « rupture », c’est-à-dire des traitements rapides et efficaces pour des maladies graves. La thérapie génique qui guérit en une injection coûte 600 000 € l’injection. Il y a un enjeu majeur sur cette question. Cette coopération est bien entendu nécessaire également pour lutter contre les pénuries de médicaments qui augmentent : 91% des Français y sont favorables.

Par ailleurs, les Français sont aussi nombreux (91%) à vouloir que les financements publics accordés à l’industrie par l’Europe soient accompagnés de contreparties, notamment que les prix des médicaments ainsi développés soient accessibles. Et 90% d’entre eux souhaitent une révision de la directive en cas de dommage lié à un produit de santé (Mediator, Dépakine…). Actuellement, la directive est tellement favorable à l’industrie qu’il est quasiment impossible d’être indemnisé.

– Peut-on imaginer des campagnes de prévention à l’échelle européenne comme le souhaitent les Français ?

88% des Français appellent l’Europe à prendre des mesures concrètes pour inciter les Etats membres à investir dans la prévention. Cela signifie que les Français veulent être mieux protégés des lobbys dans des domaines comme l’agroalimentaire, les polluants, le glyphosate, la qualité de l’air. Il y a une vrai attente vis-à-vis des prochains députés européens sur ces questions. Nous estimons que la prochaine Commission européenne doit s’emparer de la prévention. Pour notre part, dans notre Manifeste européen, nous revendiquons la création d’un poste de vice-président de la Commission en charge de la santé. 

On pourrait ainsi concevoir des campagnes européennes sur des thématiques, déclinées dans chaque pays : des campagnes d’éducation à la santé dans les écoles primaires (explication de la vaccination, de la bonne alimentation…), de prévention des MST au collège et au lycée, de lutte contre le tabac et l’alcool qui font toujours des ravages dans toutes les populations. A ce sujet, il faudrait mettre un terme au différentiel de prix du paquet de cigarettes dans les pays de l’Union européenne qui favorise trafics et contrebandes et nuit à la politique de santé publique française qui, avec des prix élevés, obtient une baisse de la consommation. 

– Nombre de candidats aux élections européennes se disent favorables à une obligation vaccinale au plan européen. Qu’en pensez-vous ?

Nous avons approuvé la décision de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, de passer à onze vaccins obligatoires. Ce serait une excellente chose d’avoir une disposition européenne qui impose ces 11 vaccins dans tous les pays membres. On ferait des économies en achats groupés de vaccins auprès des industriels. Surtout, la couverture vaccinale serait plus étendue, ce qui est primordial au moment où l’on voit, entre-autres, une résurgence de la rougeole liée à l’absence de vaccination. Les méfaits du lobby anti-vaccins en France sont particulièrement préoccupants.

– France Assos Santé s’est dit profondément déçue par l’absence de mesures en faveur du système de santé à l’issue du Grand Débat. Pouvez-vous rappeler pourquoi ?

En effet. La santé est mentionnée dans 20% des contributions du Grand Débat. Mais, pour le président de la République, les réponses à la crise du système de santé sont dans la loi santé. Nous pensons qu’il faut aller plus loin que cette loi pour lutter contre les déserts médicaux et mettre en place un conventionnement sélectif dans les zones sous-dense. La liberté totale d’installation s’arrête là où commence le besoin des Français : alors que la crainte de ne pas trouver de médecins est très forte, même à Paris, les Français ne comprennent pas que les médecins ne le comprennent pas.

Propos recueillis par Emmanuelle Heidsieck

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