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« Même en cas de réforme de l’AME, l’hôpital public continuera à accueillir tout le monde » Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF)*

Même si la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, s’est prononcée le 22 septembre en faveur d’un maintien de l’AME en l’état, une possible réforme est toujours d’actualité. Le président de la République, Emmanuel Macron, s’est interrogé ainsi le 25 septembre : « Est-ce qu’il n’y a pas parfois, des excès ?… On a le droit d’avoir un vrai débat ». Et l’on attend le rapport sur le sujet de l’Inspection des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale des finances (IGF) qui doit être remis en octobre. Parmi d’autres, la Fédération hospitalière de France (FHF) se dit « fermement opposée à cette réforme ». Sa déléguée générale, Zaynab Riet, l’affirme : « il n’y aura aucune restriction de prise en charge et de soins à l’hôpital public » en cas de réduction du panier de soins de l’AME. Zaynab Riet réclame par ailleurs une « réforme systémique » de l’hôpital public qui passe par une revalorisation des métiers et plus de financements. Sans quoi « la crise des urgences risque de toucher l’ensemble de l’hôpital ».

– Quelle est la position de la FHF sur une éventuelle réforme de l’Aide médicale d’Etat (AME) actuellement évoquée par le gouvernement ?

Notre position est claire : nous y sommes fermement opposés car nous estimons qu’une telle réforme présenterait trois risques majeurs. Tout d’abord, il y a un risque de santé publique. Il est évident que si des personnes qui sont déjà dans des situations précaires tombent malades et n’ont pas accès aux soins, on peut imaginer la recrudescence de maladies infectieuses comme la tuberculose qui toucheront alors l’ensemble de la population.

En second lieu, quand bien même une réforme viendrait restreindre l’accès aux soins des sans-papiers, l’hôpital public continuera heureusement d’accueillir tout le monde et de soigner tout le monde. Il n’y aura aucune restriction de prise en charge et de soins quand bien même le panier de soins de l’AME se verrait réduit. Dès lors, pour nous, il y aura un effet inévitable : alors qu’on nous demande toujours de faire des économies, nous aurons un manque à gagner et un creusement du déficit.

Enfin, nous sommes bien placés pour savoir que lorsque quelqu’un est soigné tardivement, le coût des soins est bien plus élevé que s’il avait pu consulter dès les premiers symptômes.

Il nous apparaît donc qu’il y a des questions bien plus urgentes à traiter concernant le système de soins, d’autant que l’AME ne représente que 0,5% des dépenses de santé.

– Pensez-vous que le plan du gouvernement « Ma santé 2022 » est une réponse suffisante à la crise que traverse l’hôpital ?

Les CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé) et les hôpitaux de proximité qui sont deux grands axes de « Ma santé 2022 » vont dans le bon sens. Cependant nous nous interrogeons sur la mise en œuvre. Les CPTS, soit le travail en réseau de médecins de ville de façon à assurer les soins de premier recours et les soins non programmés, sont facultatives. Rien n’indique que nous allons avoir un maillage complet du territoire et que l’ensemble de la population sera couverte. Quant aux hôpitaux de proximité, au regard des nouvelles missions qui leur sont dévolues, nous soutenons leur développement, mais il convient d’adapter leur financement et de répondre dès à présent aux difficultés de ceux qui existent déjà à hauteur de 100 millions d’euros.

Nous sommes aussi favorables à la prise en charge au forfait prévue dans « Ma santé 2022 ». Mais, nous déplorons que les deux expérimentations en cours (diabète, insuffisance rénale) ne concernent que l’hôpital, alors que le suivi des patients diabétiques se fait principalement en ville. Cela n’a pas de sens. Et nous n’acceptons pas que les forfaits soient, comme c’est le cas, fixés en amont  sans refléter la réalité des coûts de prise en charge. Les forfaits sont du coup largement inférieurs à ce qu’il faudrait. C’est une réforme qui ne sera pas applicable au 1er octobre. Les discussions avec les pouvoirs publics se poursuivent.

– Que préconise la FHF pour sortir de cette crise ?

Nous avons trois principales préconisations :

. Il faut une réforme systémique car l’hôpital est ‘’ victime ‘’ de la désorganisation globale et non ‘’ coupable ‘’ des déficits : la crise des urgences en est un symptôme qui risque de toucher l’ensemble de l’hôpital.

. Nous demandons une revalorisation des métiers et des salaires. Il faut une réduction des écarts de rémunération avec le secteur privé. D’une façon générale, un choc d’attractivité médicale et paramédicale est urgent, pour les professionnels qui exercent à l’hôpital au service des usagers.

. Nous avons besoin aussi d’une réforme de la régulation financière (l’ONDAM) plus juste et responsabilisante. Lorsque les hôpitaux font mieux que leurs objectifs, on ne leur restitue pas les fruits de leurs efforts. En 2018, 300 millions d’euros ont ainsi été transférés de l’hôpital vers l’enveloppe de la médecine de ville.

* La Fédération hospitalière de France (FHF) représente la quasi totalité des hôpitaux du secteur public qui sont au nombre de 1029 en 2019. Elle représente aussi les 3800 établissements publics médico-sociaux (maisons de retraites et maisons d’accueil spécialisées).

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