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5e branche : « Les mutuelles peuvent apporter leur savoir-faire », suggère Dominique Libault

Alors que la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale dédiée à la perte d’autonomie a été promise par le gouvernement, certains s’inquiètent de ne rien voir venir. C’est le cas du président du Haut Conseil du financement de la protection sociale, Dominique Libault, qui craint que « les finances très dégradées contraignent le gouvernement » et estime qu’il faut « des décisions dès maintenant ». L’auteur du rapport « Grand âge et autonomie » de mars 2019 l’affirme : pour les personnes âgées « nous n’avons pas le luxe d’attendre ». Il estime que les mutuelles ont un rôle à jouer dans la perte d’autonomie auprès des aidants et en matière de prévention.

-A la veille de la création d’une 5ebranche de la Sécurité sociale consacrée à l’autonomie des personnes âgées et juste après la remise du rapport Vachey, comment voyez-vous les choses à ce sujet ?

Le sous-titre de mon rapport était « Le temps d’agir ». Je le pense réellement. La crise sanitaire nous a montré qu’on n’avait pas le luxe d’attendre, s’agissant notamment des métiers. Certes, le gouvernement a décidé l’affectation d’une petite partie de la Csg (0,15 point) à compter de 2024, mais il reste des décisions à prendre dans la suite du rapport Vachey pour mettre en œuvre la dynamique nécessaire dès maintenant. Au-delà des décisions du « Ségur de la santé » qui ne visent pas notamment les auxiliaires de vie. Il est cependant évident que les finances publiques très dégradées vont contraindre le gouvernement. 

La crise sanitaire fait plonger le déficit de la Sécurité sociale à une cinquantaine de milliards d’euros en 2020 et replace la question de la perte d’autonomie dans le cadre plus général des autres besoins sociaux : on doit aussi se soucier de l’équilibre de la branche maladie et de la branche retraite. C’est pourquoi, je continue à penser que c’est une erreur de contraindre la Sécurité sociale au remboursement de la dette Covid, sans lui laisser de marges de manœuvre pour les équilibres futurs. 

Le rapport Vachey remis au Parlement le 15 septembre a le mérite de lister toutes les taxes possibles pour financer la dépendance, mais je ne suis pas convaincu que des prélèvements obligatoires supplémentaires soient d’actualité. 

La présidente du conseil de la Cnsa, Marie-Anne Montchamp, considère que les mutuelles ont un rôle important à jouer dans la prise en charge de la dépendance. Qu’en pensez-vous ?

« Je partage cette idée que les mutuelles peuvent apporter leur savoir-faire à la question de la perte d’autonomie. Certaines le font déjà, mais l’ensemble des mutuelles devraient s’engager plus avant dans cette voie. Je vois surtout deux domaines où leur apport serait essentiel. »

* L’accompagnement des aidants. Les mutuelles pourraient proposer des services aux aidants : un service d’écoute ; des solutions de conciliation vie familiale-vie professionnelle ; ou encore des bilans de santé car l’on sait que les aidants peuvent négliger leur propre santé.

* La prévention. La prévention en santé qui est au cœur de l’activité des mutuelles doit être développée pour la perte d’autonomie. Cela passe par un suivi tout au long de la vie, avec des propositions d’activités physiques et cognitives mais aussi, par exemple, une offre de « diagnostic fragilité » à partir d’un certain âge. On sait, par exemple, que le fait de mal entendre accélère le processus. Il faut que les mutuelles fassent davantage de prévention de la perte auditive.

Enfin, bien sûr, se pose la question de mettre en place des assurances dépendance. Les garanties doivent être absolument plus transparentes et fiables qu’elles ne le sont aujourd’hui. Il faut aussi des contrats viagers, c’est-à-dire des contrats qui offrent des garanties pour la période du très grand âge et non pas des cotisations ne couvrant que la période d’activité.

-Quels enseignements tirez-vous de cette crise sanitaire que nous traversons ?

Cette crise nous a révélé que l’on ne peut rester dans le déni du sujet « personnes âgées ». Cela nous interroge fortement sur la façon dont on voit le grand âge. Des questions éthiques se sont posées avec la confrontation des notions de sécurité et de liberté. On a vu que le Conseil scientifique a évolué, mettant désormais en garde contre les effets nocifs de l’isolement. 

L’enseignement majeur, c’est qu’il faut permettre à chacun de vivre sa vie, d’être maître de sa vie jusqu’au bout. Cela veut dire donner le choix à chacun de rester chez soi. On sait que la majorité des personnes âgées le souhaite. Cela veut dire aussi qu’il faut repenser le modèle Ehpad, en préservant davantage l’individualité de chaque personne et en diminuant le côté collectif de ces établissements.

*Dominique Libault, conseiller d’Etat, est également directeur général de l’Ecole nationale supérieure de sécurité sociale (EN3S).

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