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Après-crise : « Affronter ceux qui voudront oublier le soutien de l’Etat »

Pour l’économiste à l’OFCE, Henri Sterdyniak, la sortie de crise va se traduire par un combat entre ceux qui voudront oublier le soutien de l’Etat et ceux pour qui 2020 devra marquer un tournant. L’animateur des Economistes atterrés estime que parmi les priorités, il faudra mettre à la tête des services publics « des personnes qui ont le sens de l’Etat et qui n’ont pas l’objectif de finir leur carrière dans des entreprises privées concurrentes » tout en « développant largement l’intervention des usagers ». Face à l’impact dramatique de la crise actuelle sur les retraites américaines gérées par des fonds de pension, il espère que « la retraite française par répartition plus rentable et moins risquée » va enfin être reconnue et consolidée. 

– En temps de crise, on assiste à un appel général au soutien de l’État, cet État qui en temps normal est totalement déconsidéré. Quel est votre regard sur ce phénomène ? 

En période de crise, seul l’État peut mobiliser la société. Il importe donc de maintenir un État fort et respectable, qui incarne la volonté générale. Cependant, en temps normal, le néo-libéralisme ne signifie pas le dépérissement de l’État, mais son utilisation au service de l’oligarchie financière, ce qui a été accentué par l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. L’État se déprécie alors et affaiblit la cohésion sociale car il n’a plus l’intérêt général comme pierre de touche.

Le combat d’après-crise opposera ceux qui voudront oublier le soutien de l’État comme ils ont oublié la crise financière de 2008, et ceux pour qui 2020 devra marquer un tournant, qui redonnera leur place aux services publics dans l’objectif d’une société sobre et solidaire.

– Comment, en sortie de crise, mieux faire comprendre aux Français la nécessité de financer la protection sociale et les services publics ?

Les Français ont la chance de bénéficier d’un modèle social des plus généreux au monde qu’ils financent par leurs cotisations sociales et leurs impôts. Ce système n’est pas assez défendu. Les organisations sociales mettent trop souvent l’accent sur ses défauts plutôt que sur ses réussites : l’universalité de la couverture maladie, le niveau de vie satisfaisant des personnes âgées, la prime d’activité. Certes, le RSA reste trop faible, les jeunes sont mal couverts.

Quatre axes sont à développer en priorité lors de la sortie de crise : la Sécurité sociale et les services publics doivent être gérés par des personnes qui ont le sens du service public et qui n’ont pas l’objectif de finir leur carrière dans des entreprises privées concurrentes ; ils doivent se battre, comme leurs adversaires, avec des campagnes de communication ; ils doivent être gérés de façon sobre et solidaire, avec un plafond de rémunérations ; enfin, l’intervention des usagers doit être largement développée.

– Comment comprendre l’immédiate suspension de la réforme des retraites, alors que le gouvernement se montrait intraitable jusque là. Est-ce à dire que, sans la pandémie, le gouvernement aurait fait passer une réforme appauvrissant drastiquement les retraités dont il n’était pas complètement convaincu ?

«Cette réforme des retraites, qui n’était pas urgente, avait surtout un but idéologique : détruire un pan du modèle social français. La France avait d’autres priorités, en particulier le tournant écologique. Mal pensée, la réforme aurait introduit une confusion totale et entrainé de graves tensions sociales».

Le nouveau système, centralisé et étatisé, s’ajoutait pendant plus de 50 ans aux régimes existants : jusqu’en 2037, il encaissait des cotisations sans verser de prestations tandis que les anciens régimes, mis sous tutelle, recevaient de moins en moins de cotisations ; la question de la pénibilité comme celle de la spécificité de certains métiers n’étaient pas réglées. Le recul de l’âge du départ à la retraite ne tenait pas compte de la situation de l’emploi.

La sagesse serait de renoncer à cette réforme brutale, de faire converger les régimes de retraites par une négociation ouverte et d’accepter une certaine augmentation des dépenses de retraite tenant compte de la hausse du nombre de retraités

– A ce propos, on voit déjà l’impact dramatique de cette crise sur les retraites américaines gérées par des fonds de pension. Pensez-vous que cela va suffire, cette fois, pour que la retraite française par répartition ne soit plus attaquée par de nouvelles réformes ?

La crise sanitaire a provoqué une baisse de 28 % de la Bourse, soit de l’ordre de 20% des actifs des fonds de pension aux États-Unis, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Les fonds devront donc demander des hausses de primes aux entreprises et annoncer des coupes drastiques dans les pensions. Ceci alors que, aux Etats-Unis, certaines entreprises en difficulté ont déjà commencé à suspendre leurs versements à leur fond de pension. Cela risque d’être dramatique pour les salariés concernés.

En France, les assureurs privés voulaient s’appuyer sur la réforme des retraites, avec la forte baisse du taux de remplacement annoncée, pour placer leurs produits en capitalisation. Aussi, la crise montre que la retraite par répartition est à la fois plus rentable et moins risquée. Les Français, je l’espère, vont plus que jamais le constater.

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