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« Avec cette crise, il y a un grand désir des valeurs des mutuelles », affirme Thierry Jeantet

Pour le président d’honneur du Forum international des dirigeants de l’économie sociale et solidaire (ESS), Thierry Jeantet, la crise que nous traversons agit comme « un révélateur de l’aspect destructeur du capitalisme mondialisé » et « montre que l’ESS est la voie du futur ». Alors que se manifestent un besoin et un désir d’ESS, notamment de la part des jeunes générations, « les mutuelles doivent être plus mutualistes que jamais, proposer des actions à leurs sociétaires, mieux faire valoir leurs valeurs et leurs projets, leurs actions de prévention, leurs apports dans la crise de la Covid-19, et aller au plus près des citoyens sur le terrain ».

On parle d’un monde d’après dans lequel les mutuelles sont une réponse. Mais comment peuvent-elles s’imposer alors que les intérêts financiers sont toujours décidés à gagner du terrain (assurances santé privées, cliniques et Ehpad privés, épargne retraite par capitalisation) ?

Le retour à la norme, le capitalisme financier, nous est proposé à nouveau. Et on nous promet des correctifs. On entend ça à la fin de chaque crise et on refuse de voir que cette crise de la Covid-19 est un révélateur. Elle nous indique que le capitalisme mondialisé, tellement logique avec lui-même, va jusqu’à se morceler, détruire et s’autodétruire. 

Cette crise a fait éclater une certaine vérité : le système est en train de basculer. On ne peut plus parler de transition, un terme trop confortable. C’est un basculement. Si bien qu’il faut renverser la donne et dire à ceux dont les intérêts et les emplois sont dans cette économie capitaliste destructrice et peu soucieuse de l’intérêt général qu’il est temps de se mettre au service d’autres intérêts qui sont collectifs. Bien entendu, cela demande un coup de barre, un tournant assez net. Mais c’est possible. 

A titre d’exemples, le maire de Séoul vient de décider que l’ESS est la solution pour affronter les défis d’aujourd’hui dans sa ville. Il y a peu encore, il ne jurait que par le capitalisme classique. Le Maroc a aussi pris conscience de l’importance de développer des coopératives de femmes et d’artisans, parce qu’il s’agit de projets respectueux de la sociologie locale et de l’environnement, qui permettent aux habitants de se projeter dans leur pays et non dans le désir d’immigrer. Tout récemment, le gouvernement colombien a dit aux municipalités et à la fédération des mutuelles de santé colombienne Gestar Salud de prendre les choses en main pour la crise de la Covid-19.

Concrètement, quel est le défi à relever pour les mutuelles ?

« Les mutuelles doivent être plus mutualistes que jamais. Ce qui veut dire qu’elles doivent se rapprocher de leurs sociétaires, les faire participer à des actions et pas seulement à leur assemblée générale annuelle. Les jeunes générations sont demandeuses et souhaitent s’impliquer dans des entreprises qui ont des valeurs fortes. Il faut développer le “ faire ” mutualiste. »

N’oublions pas la puissance des mutuelles. Il faut qu’elles mettent en avant leurs valeurs et leurs projets. Elles doivent mieux faire connaître leurs actions de prévention et faire savoir que les Ehpad à but non lucratif ont mieux répondu à la crise de la Covid-19 que les autres. 

La question de la présence des mutuelles au plus près des citoyens sur le terrain est un enjeu. Il faut concevoir des « maisons » où les gens pourraient trouver des solutions à leurs besoins sociaux et de santé, de l’accompagnement et de l’information. Il faut des lieux qui accueillent et qui expliquent le système de protection sociale. 

Enfin, pour parvenir à ce que les mutuelles et l’ESS soient une vraie force de frappe, il me semble essentiel qu’elles disposent de nouveaux et puissants véhicules financiers. Il faudrait constituer des plateformes transfrontalières de financement de l’ESS pour renforcer ce secteur. Le financement des entreprises de l’ESS se pose, surtout quand on voit que de nombreuses entreprises capitalistes ne veulent plus rentrer en bourse et se mettent même à en sortir. Cela montre que l’ESS est la voie du futur. 

Quels sont les signes encourageants pour l’ESS ?

Avec la crise de la Covid-19, on peut parler d’une prise de conscience, d’un besoin de services publics et de non-lucratif. Comme je le disais, on peut dire qu’il y a un grand désir d’ESS dans les jeunes générations. 

Du point de vue politique, il est à noter que le nouveau commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux, Nicolas Schmit, est un vrai défenseur de l’ESS, qui a été ministre du Travail, de l’Emploi et de l’ESS du Luxembourg (2013-2018). La nouvelle présidente de la Commission, Ursula Von Der Leyen, se montre favorable au développement de l’ESS, ce qui n’était pas arrivé depuis Jacques Delors. A noter aussi l’appel du président d’ESS France, Jérôme Saddier, en date du 4 mai 2020 : « Pour que les Jours d’après soient les Jours heureux ! ». Tout ceci va dans le bon sens pour donner une autre ampleur à l’ESS.

A Lire

Dernier ouvrage paru : Economie sociale, la solidarité au défi de l’efficacité, éd. La Documentation française, 3e édition, mai 2016.

Le Triangle des Possibles  

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