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« Espace numérique de santé : un enjeu pour les mutuelles », selon Christophe Lacambre, consultant

A l’horizon 2022, chaque citoyen aura son espace numérique de santé (Ens) contenant toutes ses données — carnet de santé, Dmp, constantes, ordonnances, compte Ameli, applications de prévention ou de suivi médical. Une mesure du plan « Ma santé 2022 » qui figure dans le projet de loi santé présenté en conseil des ministres le 13 février. Alors que 4 millions de personnes ont créé leur Dmp depuis le lancement de ce dernier en novembre 2018 et que 28 millions de personnes utilisent leur compte Ameli sur le site de l’assurance-maladie, il s’agit de fédérer en un seul lieu tous les outils existant concernant la santé de chacun. Un progrès pour la continuité des soins des patients et un défi pour les mutuelles qui vont pouvoir proposer des services à leurs adhérents via cet Ens.
Le projet de loi santé prévoit la création d’un espace numérique de santé pour chaque patient à l’horizon 2022. En quoi cela va-t-il consister ?

Ce projet de créer pour chaque citoyen un Ens est issu du rapport « Accélérer le virage numérique » de Dominique Pon et Annelore Coury, remis en septembre dernier à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. C’est une réforme extrêmement ambitieuse, dotée d’un budget de 50 millions d’euros pour la période 2019-2022, et dont l’intérêt est de rassembler dans un espace numérique unique et sécurisé tous les outils existants concernant la santé de chacun. Cet Ens, qui sera créé dès la naissance, comprendra les éléments suivants :

– le carnet de santé (vaccins, allergies, groupe sanguin…) ;

– le Dmp ;

– les données en provenance des professionnels (comptes rendus d’hospitalisation, résultats d’analyses, courriers du médecin à un confrère…) ;

– les données en provenance du patient (photo d’un grain de beauté, par exemple, courrier médical remis au patient…) ;

– les constantes de santé (poids, tension artérielle, glycémie…) ;

– les ordonnances ;

– l’agenda de santé (les rendez-vous pris sur Doctolib, par exemple, s’inscriront automatiquement dans l’agenda) ;

– les échanges sécurisés (e-mails sécurisés avec ses médecins, accès à des plateformes de télémédecine, informations sur un médicament prescrit dans le cadre d’une alerte sanitaire, accès aux évaluations du système de santé notamment à e-Satis qui est une évaluation des établissements de santé élaborée par la Haute Autorité de santé) ;

– Ameli (les remboursements du régime obligatoire et de l’organisme complémentaire) ;

– les sites d’information référencés en santé (Cnam, Has…)

– les applications mobiles référencées (proposées par des opérateurs publics ou privés dont les mutuelles : applications personnalisées de prévention, coaching, suivi médical…).

– Concrètement, qu’est-ce que cet Ens va apporter au patient ?

C’est une vraie révolution car, comme l’indique le rapport « Accélérer le virage numérique », jusqu’à présent « les professionnels de santé sont confrontés à une offre morcelée du numérique en santé rendant les usages complexes dans la pratique quotidienne ». Autrement dit, la création de cet Ens va enfin permettre la continuité des soins : ayant accès à l’historique du patient, les médecins ne vont pas refaire des examens ou des analyses déjà effectuées ; si un patient va voir un nouveau médecin, celui-ci va avoir accès instantanément à l’ensemble des données du patient ; on peut supposer que cela va limiter les interactions médicamenteuses. C’est aussi un outil qui va participer au décloisonnement entre la médecine de ville et l’hôpital puisque le Dmp est alimenté par les deux sources, ce qui n’est pas rien tant cet objectif semble difficile à atteindre depuis des années. Avec son Ens, chacun va probablement devenir davantage acteur de sa santé, plus attentif et soucieux de prévention. 

– L’Ens va contenir des applications mobiles de coaching, d’accompagnement, de suivi médical. Quel est l’enjeu pour les mutuelles ? 

Les mutuelles ont d’ores et déjà développé de nombreuses applications adaptées aux problématiques de chacun de leurs adhérents : programmes de prévention, services d’accompagnement, gestion quotidienne de certaines maladies chroniques. Avec la mise en place de l’Ens, ces applications vont devoir être techniquement compatibles. Elles vont également devoir répondre à certaines règles éthiques définies par la puissance publique. Et elles devront être labellisées lorsque l’application a une forte incidence médicale. Il est donc important pour les mutuelles de déjà penser à l’Ens car il a vocation à devenir le lien unique avec l’usager. Tout l’enjeu pour elles va consister à être partie prenante des applications proposées aux côtés du régime de base, dans une cohérence d’ensemble, plutôt que d’être de simples fournisseurs. C’est un immense chantier pour les mutuelles. Quant au financement de ces applications, le rapport indique seulement qu’il faudra « imaginer des modèles économique […] afin de rémunérer le service rendu ». Cela reste à définir. 

 

       

 

 

 

 

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