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Les laissés pour compte des systèmes de santé européens

Médecins du Monde a publié le rapport de son Observatoire. Il s’appuie sur des données et entretiens recueillis au cours de l’année 2016 auprès de 43 286 bénéficiaires des programmes de Médecins du Monde et ONG partenaires de 14 pays européens

Les patients reçus sont des ressortissants nationaux dans leur propre pays, ainsi que des migrants UE/EEE et hors UE/EEE, qui sont nombreux à avoir fui les violences, les conflits et la discrimination sévissant dans des pays comme la Syrie et l’Afghanistan. Près d’un quart des personnes reçues sont des enfants de moins de 18 ans.

Outre les problèmes de santé physique, de nombreux patients souffrent de traumatismes psychologiques. Plus de la moitié des personnes ont parlé des violences durant leurs consultations et plus de 60 % de ceux ayant déclaré avoir des enfants de moins de 18 ans étaient séparés de plusieurs ou de la totalité de leurs enfants. Une majorité écrasante (89 %) ne dispose pas des ressources nécessaires à la satisfaction de leurs besoins essentiels ni au paiement des soins médicaux.

« Quel que soit leur pays d’origine, nos patients vivent tous dans des conditions de vie extrêmes » a déclaré le Dr Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde France. « Ils font appel à nous en dernier recours et souffrent de graves problèmes de santé, leurs jours étant parfois en danger. Ils sont laissés pour compte par les systèmes de santé » poursuit le Dr Sivignon.

Médecins du Monde et les ONG partenaires ont traité des patients présentant divers problèmes de santé aigus et chroniques, ainsi que des complications liées à la grossesse. Plus de la moitié d’entre eux ne bénéficiait d’aucune couverture maladie, ne pouvant donc pas payer pour des soins médicaux. Nombre de nos patients étaient incapables de se frayer un chemin à travers les démarches administratives des systèmes de santé nationaux, ne maîtrisant pas la langue locale, subissant des discriminations ou le refus de l’accès aux soins, ou de peur d’être arrêtés.

Le rapport met l’accent sur le désengagement des États membres européens quant à la couverture santé universelle, et ce sous couvert de l’austérité : il présente en détail le mouvement de marche arrière observé en matière législative en France, en Allemagne, en Irlande et au Royaume-Uni. De même, il démontre à quel point les mesures de restriction de l’accès aux soins des migrants se sont avérées néfastes pour les personnes vulnérables – notamment dans les pays tels que le Royaume-Uni, qui se sont servis de l’accès aux soins comme d’un outil de contrôle de l’immigration.

« L’accès aux soins est un droit humain, pas une arme politique », affirme le Dr Françoise Sivignon. « Les données que nous avons collectées démontrent que ce n’est pas cet accès aux soins qui attire les migrations vers l’Europe et qu’exclure ces populations de l’accès à ces services constitue un risque de santé publique ».

« Il s’agit d’un choix politiqueCertes, les restrictions budgétaires sont drastiques, il est dans l’intérêt de toutes et de tous que toute personne ait accès aux soins, ce qui s’avère souvent plus rentable à long terme », conclut le Dr Françoise Sivignon.

Le rapport révèle également des disparités inquiétantes en termes de vaccination des enfants, bien en-dessous des niveaux préconisés, et exige une approche plus progressive et équitable en matière de santé publique, comprenant l’accès aux soins de santé primaires, prénataux et postnataux, aux services de santé mentale, ainsi que la promotion de la santé.

Selon le rapport, les gouvernements doivent prendre les mesures nécessaires à l’élimination des barrières administratives et de la discrimination au sein des services de soins, ainsi qu’à la sensibilisation des patients et professionnels de santé en matière de droits, notamment à travers des campagnes d’information et la formation des équipes en première ligne à la prise en charge des personnes en situation précaire.

Anne-Marie Thomazeau
Rédactrice en chef adjointe du magazine Viva, Anne-Marie Thomazeau est spécialisée dans la protection sociale et l’économie de la santé.

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