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Les nouvelles maladies vont peser lourd sur nos dépenses de soins

Sommes-nous préparés aux problèmes de santé qui se développeront dans les prochaines décennies ? Présentée dans le cadre du colloque « Santé et protection sociale : nouvelles attentes, nouvelles frontières » organisé par AG2R La Mondiale, la note de Terra Nova propose un tour d’horizon des besoins qui vont s’affirmer dans quatre domaines : vieillissement, changement climatique, santé environnementale et mutations du travail.

D’où viendront les problèmes de santé demain ? Comment pèseront-ils sur le système de soins, c’est l’état des lieux qu’a souhaité faire le Think Tank Terra Nova. La plupart des facteurs de risques majeurs sont d’ores et déjà connus, mais inégalement anticipés. 

Vieillissement

En France, les plus de 60 ans représentent aujourd’hui un quart de la population; ils seront environ un tiers en 2050. Mais quelle sera l’espérance de vie sans incapacité (EVSI) ? Selon les projections de l’Insee, l’espérance de vie à 50 ans pourrait croître sensiblement entre la génération née en 1960 et celle née en 1990 (+ 12 % pour les hommes et + 7 % pour les femmes), mais le temps de vie avec incapacité risque d’augmenter plus rapidement encore (+ 17,4 % et + 17,2 %). 

Les besoins en santé des personnes âgées augmenteront donc à la fois du fait de leur nombre et du fait de l’accroissement du temps de vie avec incapacité  (baisse des capacités auditives et visuelles, réduction de la mobilité…), et au développement des maladies cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, affections respiratoires chroniques, cancers, affections neurodégénératives… 

Le processus de croissance du nombre de personnes atteintes de maladies chroniques va s’intensifier. En 2014, 16 % des personnes affiliées au régime général de l’assurance maladie étaient concernées ; d’ici 2025, elles devraient passer à 20 %. Ce processus entrainera des conséquences financières, les dépenses médicales des personnes en ALD étant en moyenne beaucoup plus élevées que celles des autres. Il pourrait également avoir des conséquences sur l’équité intergénérationnelle du système d’assurance. 

Changements climatiques.

Un rapport de 2009 publié par la revue The Lancet identifiait déjà le changement climatique comme la plus grande menace mondiale pour la santé publique au XXIe siècle. 

En plus des épisodes de canicule, Le réchauffement climatique aura des effets épidémiologiques : les maladies transmises par l’eau (gastro-entérite, dysentrie…) pourraient se propager plus rapidement. Les difficultés de s’approvisionner en eau douce augmentera le risque de maladies diarrhéiques. Le stockage d’eau stagnante dans des citernes pour faire face aux périodes de pénuries eront propices à la prolifération d’insectes vecteurs de maladies comme certaines espèces de moustique.

Environnement

En dehors de la mortalité évitable liée à la consommation de certaines substances comme l’alcool ou le tabac (domaine dans lequel la France continue de figurer parmi les mauvais élèves du monde développé), les facteurs de risques principaux résident dans la qualité de l’air et de l’eau, ainsi que dans l’exposition à des agents pathogènes et aux rayons ultraviolets. Des projections récentes de l’OCDE suggèrent que, d’ici 2060, la pollution de l’air pourrait entraîner 6 à 9 millions de décès prématurés et coûter près de 2 600 milliards de dollars par an. Les maladies respiratoires, les cancers du poumon, les maladies cardiovasculaires vont exploser auxquelles on peut ajouter l’aggravation de pathologies comme l’asthme et certaines allergies. 

Les perturbateurs endocriniens, enfin, vont devenir un des grands sujets de débat sur la santé publique dans les décennies futures.D’après de récents travaux dirigés par Leonardo Trasande de l’université de New York, le coût des impacts du Bisphénol A en termes d’obésité et de troubles cardiovasculaires aux États-Unis avoisinerait déjà 2,2 Mds d’euros par an. Pour l’Union Européenne, les coûts de santé des PE à seraient d’un minimum de 157 Mds d’euros par an. 

Malbouffe

Les déséquilibres nutritionnels dus, notamment, à la suralimentation et à la surconsommation de produits trop sucrés, trop salés et/ou trop gras dans les pays développés sont des facteurs de développement de l’obésité, elle-même cause de diabète, d’hypertension, de maladies cardiovasculaires… Même dans un pays comme la France où elle n’est pas la plus développée, l’obésité progresse rapidement depuis quinze ans : sa prévalence a quasiment doublé entre 1997 et 2012. .

TMS et risques psychosociaux.

Si les accidents du travail ont reculé, ce n’est pas le cas des maladies professionnelles. Les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont responsables de la plus grande partie de l’augmentation des maladies professionnelles depuis une trentaine d’années. La recrudescence des risques psychosociaux est aussi l’une des dimensions de l’évolution récente des conditions de travail. D’après les données de la Dares et de l’enquête Sumer 2010, entre 1/5 et 1/4 des salariés déclarent qu’on leur demande « toujours » ou « souvent » une quantité de travail excessive. Conjuguée avec un « culte de la performance » qui s’épanouit d’abord dans le monde du travail, cette situation explique le développement des phénomènes de dépression et de burn out au travail. Face à ces évolutions, il n’est pas certain que le système actuel d’assurance (la branche ATMP de la Sécurité sociale) suffise à répondre aux défis qui se présentent. Si les entreprises sont déjà responsabilisées, il pourra s’avérer utile, estime Terra Nova, qu’au vu de la recrudescence de certaines pathologies, on « réinternalise » le coût du risque professionnel afin de les rendre plus vertueuses.. 

Anne-Marie Thomazeau
Rédactrice en chef adjointe du magazine Viva, Anne-Marie Thomazeau est spécialisée dans la protection sociale et l’économie de la santé.

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