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« Précurseurs, les centres de santé doivent être partie prenante de la réforme »

Avec sa réforme « Ma santé 2022 », la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, annonce notamment une réforme en profondeur de la médecine de ville qu’elle veut « plus collective ». Pour ce faire vont être créés 1 000 Communautés professionnelles territoriales de santé (Cpts) d’ici à 2022. Il s’agit d’organisations en réseau des professionnels de santé à l’échelle de territoires de 20 000 à 100 000 habitants. Les structures d’exercice coordonnées, comme les centres de santé et les maisons de santé pluridisciplinaires (Msp), doivent par ailleurs doubler en cinq ans pour atteindre le nombre de 2 000. Un nouveau métier d’assistant médical est créé pour les structures groupées et les financements publics existants et futurs s’orienteront vers les professionnels exerçant en Cpts et/ou en groupe. Autant de mesures qui touchent directement les 2 000 centres de santé implantés dans toute la France, dont 500 centres de santé mutualistes. Tout en saluant cette réforme annoncée qui veut valoriser le travail collectif, le coordinateur du Rnogcs, Roland Walger, redoute que les pouvoirs publics allouent majoritairement leurs financements à des médecins libéraux pour les pousser à travailler ensemble au détriment des centres de santé, grands précurseurs de l’exercice coordonné. « Nous allons nous faire entendre » affirme-t-il.

Quelle est votre appréciation de la réforme annoncée du système de santé ?

Je ne peux qu’être d’accord avec le diagnostic : le système est à bout de souffle du fait d’un trop grand cloisonnement des structures et des professionnels. Ce qui me paraît intéressant dans cette réforme, c’est la volonté de rééquilibrer l’offre entre la ville et l’hôpital. Mais il y aussi des effets d’annonce qui m’interrogent, comme de dire que l’exercice isolé de la médecine doit devenir l’exception d’ici à 2022. Cela ne me paraît pas réaliste dans ces délais. De même, cela pose question d’annoncer que chaque Français devra avoir dans la journée une réponse à un besoin de santé d’ici à 2022. Là aussi, cela semble difficile à cette échéance. Et, par ailleurs, c’est une vision consumériste de la santé. Depuis toujours, les centres de santé sont tenus d’accueillir des soins non programmés. Mais ils le font en mettant en place un accompagnement, une information, des mesures de prévention, un suivi du patient. On amène les gens à avoir une attitude cohérente pour leur propre santé, pas seulement à avoir une réponse dans la journée. 

Parmi les mesures phares de la réforme, il y a la décision de créer 1 000 Communautés professionnelles territoriales de santé (Cpts), de doubler les structures coordonnées (dont les centres de santé) et d’attribuer des financements  à ceux qui s’inscriront dans ces structures groupées. Comment les centres de santé vont-ils se positionner ?

Pour ce qui est de l’exercice coordonné, on peut dire que les centres de santé ont été précurseurs. Il ne faudrait donc pas que les Cpts soient une aubaine pour les médecins libéraux pour se mettre en réseau et toucher des aides tandis que les centres de santé seraient marginalisés. Dans ce contexte, nous allons être particulièrement vigilants pour être partie prenante des Cpts. Nous serons attentifs à ce que les nouveaux financements viennent ainsi aider au développement des centres de santé. Il y a de grands besoins en matière de télémédecine et de téléconsultation, pour mettre en place un travail coordonné sur le terrain au moyen de nouvelles compétences à recruter ou encore pour accueillir de nouveaux professionnels. Sur ce sujet des Cpts, nous devrions faire partie de la négociation conventionnelle annoncée pour 2019 qui a pour but de leur donner un cadre pérenne de financement. On devrait pouvoir se faire entendre.

Un nouveau métier d’assistant médical va être créé pour les structures de groupe dont les centres de santé (pour 4 000 structures à l’horizon 2022, soit 2 000 Etp). Qu’en pensez-vous ?

Sur le fond, c’est bien. Et cela va être relativement facile à mettre en place dans nos structures. Car nous avons déjà une personne dédiée à l’accueil dans nos centres. Mais je ne suis pas convaincu par cette idée de créer une nouvelle profession. Nos centres de santé commençaient à travailler avec les nouveaux « infirmiers de pratique avancée » (métier créé par le décret du 19 juillet 2018). Comment l’assistant médical va-t-il s’articuler avec ces « super-infirmiers ». Les infirmiers s’inquiètent, à juste titre, de cette concurrence.

Pour faire face à l’urgence dans les déserts médicaux, les pouvoirs publics vont financer, dès 2019, 400 postes de médecins généralistes, à exercice partagé ville-hôpital, qui seront salariés par un hôpital ou un centre de santé. Qu’en dites-vous ?

Les pouvoirs publics se souviennent de nous quand ils ont besoin de salarier des médecins. Tout à coup, on existe, on fait appel à nous. Mais, généralement, ce qui est valorisé, c’est avant tout la médecine libérale. Cela dit, on est bien sûr très satisfait de cette mesure : les centres de santé sont les seules structures opérationnelles dans le monde ambulatoire pour salarier ces professionnels. Cette mesure devrait aider des centres de santé qui ont des besoins ou des projets de développement. En outre, il faut noter comme un point positif que le concept du salariat progresse dans les esprits. Il y a dix ans, un médecin ne pouvait concevoir d’être salarié. Aujourd’hui l’idée est plus en vogue.

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