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« Construire le militantisme de demain » : un enjeu crucial pour les Mutuelles de France

La troisième des quatre conférences numériques thématiques (CNT), dans le cadre de la préparation de la feuille de route des Mutuelles de France 2021-2023, a rassemblé dans l’après-midi du 2 mars, près d’une centaine de militants mutualistes. Il s’agissait de réfléchir ensemble à « la rénovation du militantisme mutualiste pour que nos mutuelles soient davantage en adéquation avec la société ». « De tous temps, le mouvement mutualiste a su s’adapter » a affirmé Martine Mas, administratrice des Mutuelles de France , qui co-animait cette conférence avec Ludivine Maudet, administratrice fédérale et Lucas Jourdain, responsable du pôle de coordination politique.

Comme l’a tout d’abord rappelé Martine Mas, cette volonté des Mutuelles de France de s’atteler à ce chantier du renouvellement du militantisme n’est pas inédite : elle était déjà au cœur du Congrès de Saint-Etienne en 2017 et a été présente dans le tour de France préparatoire du Congrès de Brest de 2020 (lien) qui a notamment donné lieu, lors de l’étape marseillaise, à une discussion très riche sur le sujet autour de l’intervention de Sonia Serra, la secrétaire générale de la fédération des Bouches-du-Rhône du Secours populaire. La crise covid a aussi été l’occasion, pour certains militants, de participer activement à des conférences numériques thématiques. Pourtant, le constat est là : la tâche est difficile.  Elle implique d’aller plus loin, de se fixer des objectifs et d’obtenir des résultats concrets pour vraiment changer la donne. « On a besoin de cette dynamique humaine. Si on veut continuer à porter nos valeurs et à se projeter comme mouvement social, cela va être compliqué sans militants ! » alerte Martine Mas, avec un brin de provocation.

D’une façon générale, des éléments de ce nécessaire renouvellement militant ont été énoncés, comme le fait de renforcer le lien avec les adhérents mutualistes, de se poser la question de l’attrait des instances locales et nationales et, bien sûr, de parvenir au rajeunissement et à la féminisation des militants. A l’occasion de cette conférence, les résultats du questionnaire réalisé en amont par la Fédération auprès des participants a été restitué (75 réponses) : une note de 3,6/6 a été donnée sur la perception de leur intégration militante au sein des Mutuelles de France. Une note moyenne « plutôt favorable » a commenté Lucas Jourdain, révélant une certaine satisfaction des mutualistes et soulignant en même temps une marge de progression. Par exemple, la perception favorable est moindre pour les plus jeunes ainsi que pour les titulaires d’un mandat fédéral.

Les échanges ont été l’occasion de mettre en avant des pistes d’amélioration. Certains participants ont fait part du travail de leur mutuelle en étroite collaboration avec des associations, un travail qui vient nourrir, inspirer et rendre mieux visible l’action mutualiste. Ainsi, Carole Moreira, présidente de la SMH, a parlé des nombreuses actions de sa mutuelle dans le Nord aux côtés d’associations telles qu’Agir ensemble, Médecins du Monde ou encore Terre d’errance qui vient en aide aux migrants. « On s’est vite dit qu’on était à bout de souffle dans nos débats internes, qu’il fallait qu’on soit au plus près de la population sur le terrain, qu’il fallait démontrer qu’on est bien un acteur du mouvement social » a-t-elle confié. Même démarche défendue par Yvette Bourlois de Solimut Mutuelle de France qui a souligné les actions menées par sa mutuelle à Marseille avec le Secours populaire ou les Petits frères des pauvres.

Des participants ont, par ailleurs, proposé de travailler davantage sur des thématiques auxquelles les jeunes sont particulièrement attentifs. C’est le cas de Béatrice Torrez, de la SMH : « Les jeunes générations sont très préoccupées par la question climatique. On devrait se tourner vers ces thèmes. L’accès aux soins à travers l’environnement leur parle ». Dans cet esprit, Jean-Claude Eyraud, président de Mutuelle 04-05 est allé plus loin imaginant « la mise en place d’une gouvernance collégiale dans les mutuelles, en travaillant par pôles thématiques qui intéressent les jeunes ».

Les débats ont également mis en lumière l’importance de l’accueil et du parcours du nouveau militant. Pascal Button de la mutuelle Entrain s’est ainsi exprimé : « Je veux insister sur le soin qu’il faut accorder à un nouvel adhérent qui souhaite s’impliquer. Il faut le temps de l’accueillir et surtout de lui proposer une formation. C’est un paramètre essentiel ».

« Pour renouveler nos forces vives, il faut qu’on se réapproprie notre place dans le mouvement social »

Patrick Julou président du Groupe Solimut Mutuelles de France

Mais beaucoup ont aussi évoqué les multiples obstacles qui se dressent, compliquant le nécessaire renouvellement des forces vives mutualistes. Par exemple, les règles prudentielles qui tendent à banaliser les mutuelles mais aussi les contraintes idéologiques, soit un air du temps qui favorise individualisme et consumérisme plutôt que militantisme. Sans compter le phénomène de fusion et de concentration des structures mutualistes qui ne manque pas d’affaiblir le poids militant dans la chaîne décisionnelle. Patrick Julou président du Groupe Solimut Mutuelles de France, s’est ainsi interrogé : « Comment faire avec les contraintes règlementaires qui conduisent au problème de la banalisation par rapport aux assureurs privés ? Comment faire avec les contrats groupes obligatoires qui éloignent les adhérents de leur mutuelle ? Pour renouveler nos forces vives, il faut qu’on se réapproprie notre place dans le mouvement social ». Un propos conforté par celui de Laurent Ors de la mutuelle Entrain « Pourquoi a-t-on tant de mal à recruter de nouveaux militants ? Il faut vraiment que l’on se distingue des assureurs et des institutions de prévoyance. Si on ne reste que sur les remboursements de soins, on a perdu ».

Le vice-président des Mutuelles de France, Nicolas Souveton, a souligné que cette problématique du militantisme est « vitale et urgente pour notre mouvement ». « On est face à un risque de rupture générationnelle. Car la génération ancienne très formée doit pouvoir transmettre. S’il n’y a plus de militants, il y aura toujours des structures mais plus de gouvernance citoyenne, militante et plus de différence avec les assureurs». Estimant qu’il « faut passer du dire au faire », Nicolas Souveton a proposé trois outils concrets pour progresser réellement :

«* la définition de thématiques pour attirer de nouveaux militants, notamment des jeunes, telles que l’environnement mais aussi la solidarité. Car la crise covid a montré à quel point les étudiants mènent des actions de solidarité et d’entraide. Les mutuelles doivent les rejoindre et les soutenir.

* la construction de nouveaux cadres de militantisme. Car si on intègre des nouveaux militants dans un conseil d’administration de Livre II, on va les faire partir en courant. Il y a une réflexion à mener.

* la définition d’un statut pour ces nouveaux militants. Car le militantisme mutualiste, ça prend du temps. »

« Il y a un véritable vivier, une diversité d’envies d’engagement à accueillir »

Ludivine Maudet membre du Conseil d’administration des Mutuelles de France

Partagées par nombre d’intervenants, ces propositions ont été suivies d’un sondage express réalisé pendant la conférence auprès des participants afin de connaître leurs trois priorités pour « faire venir, accueillir et faire rester les nouveaux militants ». Résultat : « le temps d’accueil et l’accompagnement » est largement arrivé en tête (61%), puis « la formation des adhérents » (48%) et « des actions ponctuelles mobilisant les adhérents (distribution de nourriture, diffusion de tracts, etc.) » (37%).

Au terme des échanges, et pour montrer que cette ambition des Mutuelles de France de « construire le militantisme mutualiste de demain » doit être mise en œuvre avec détermination et conviction, malgré les difficultés, Ludivine Maudet membre du Conseil d’administration des Mutuelles de France a rappelé quelques éléments à prendre en considération concernant l’engagement en France : on y compte 22 millions de bénévoles, auxquels il faut ajouter les participants aux mouvements sociaux et sociétaux (manifestations pour la défense de droits) et les actions d’engagement en-dehors des organisations (pour les travailleurs sans-papiers par exemple). « Il y a un véritable vivier, une diversité d’envies d’engagement à accueillir » a-t-elle affirmé. Le tout étant de parvenir à « les faire venir à nous ».

Pour conclure, Martine Mas a annoncé que le questionnement crucial de cette conférence va se poursuivre au sein d’une commission pérenne « pour que cette fois on réussisse à mettre en place des choses concrètes. Si on gagne 10 à 15 nouveaux militants en trois ans, on aura gagné. Et s’ils sont jeunes et si ce sont des femmes, ce sera encore mieux ! »

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