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Covid : l’hôpital public en première ligne

Il est 20 heures ce samedi 14 mars 2020, lorsqu’Édouard Philippe annonce que « tous les lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays »vont fermer. La France ne compte alors que 91 morts, 4 500 cas et  300 personnes en réanimation. Le 22 mars 2021, on dénombrera 92 621décès et 4 548 personnes en réanimation.

Les semaines qui suivent l’annonce du ministre confirment un diagnostic : les hôpitaux publics sont débordés. Les patients sont accueillis dans des situations dégradées ou transférés loin de chez eux, alors que des places semblent disponibles dans les hôpitaux privés et les cliniques.

Antoine Perrin, directeur général de la Fédération des Établissements Hospitaliers et d’Aide à la Personne privés solidaire (FEHAP) NOTE (1) reconnaît que « la montée en puissance extrêmement rapide de la pandémie » a surpris les acteurs de santé des secteurs public comme privé. Mais ajoute que « dès le 12 mars 2020, les hôpitaux privés solidaires ont massivement déprogrammé afin de maximiser leurs capacités en réanimation. »

Martine Da Luz, présidente de la Mutuelle Complémentaire Ville de Paris, Assistance Publique, Administrations annexes (MCVPAP) et présidente de l’Union des Mutuelles de la Santé (UNS) a une analyse bien différente. Si elle note également le caractère « inédit » de cette pandémie qui explique en partie le temps qu’il a fallu « pour que les autorités de santé actionnent l’ensemble des moyens disponibles pour y faire face », ce n’est, selon elle, qu’avec la deuxième vague de l’automne 2020 que furent « réellement inclus les établissements privés dans le dispositif ». « La réanimation reste pour l’essentiel une activité qui relève du service public de santé avec 84 % des lits contre 11 % dans le privé à but non lucratif et 5 % pour le privé lucratif, détaille-t-elle. Par ailleurs, la gravité de l’état des patients ne permettait pas de les orienter vers le privé. Il semble que seul le service public de santé était en capacité de répondre à leurs besoins sur la durée et non uniquement au moment des pics épidémiques. »

” La réanimation reste pour l’essentiel
une activité qui relève du service public de santé avec 84 % des lits “

Martine Da Luz, présidente de la Mutuelle Complémentaire Ville de Paris

Pour le président de la Fehap, « À chaque étape, nos hôpitaux ont su s’adapter pour répondre à la pression hospitalière et aux contraintes d’organisation. Sur demande des ARS, ils ont déprogrammé de 20% à 50 % des interventions pour but de libérer des respirateurs et des réanimateurs. En mars-avril 2020, les hôpitaux de la FEHAP comptaient 670 lits de réanimation, environ 1000 avec les lits de soins critiques, qui, selon les régions, étaient utilisés de 80 % à 110 % pour des patients Covid ». Mais pour Antoine Perrin, le nombre de lits n’est pas un critère suffisamment « signifiant d’appréciation du système de santé ». « Ce qui compte vraiment, c’est la capacité d’un pays, en situation de crise, à faire évoluer son offre pour répondre aux besoins. Et en France, notre système de santé, avec la pleine participation de notre secteur Privé Solidaire, a parfaitement su réagir. »

Au-delà de la question de l’engagement du secteur privé, pour la présidente de l’UNS la saturation des hôpitaux publics s’explique surtout par un manque de moyens de ceux-ci. « Au moment où l’épidémie les a submergés, les personnels soignants dénonçaient depuis plus d’un an les restructurations des établissements publics, l’absence de moyens matériels et humains, les fermetures de lits… Cela fait plus d’une décennie que notre système de soins est consciencieusement raboté par les gouvernements qui se succèdent et lancent des réformes aux conséquences désastreuses, telle que la tarification à l’acte qui incite les établissements à choisir leurs activités en fonction de leur rentabilité financière ».

De nouvelles coopérations… pérennisables ?

Si les analyses de nos deux interlocuteurs peuvent diverger, ils tombent d’accord pour souligner que la crise a permis de créer de nouvelles coopérations et de nouveaux modes de régulation incluant public et privé. « Les solutions les plus concrètes sont venues du terrain, ajoute Antoine Perrin. Le système de santé a pu résister grâce à sa capacité d’adaptation et à la faculté des acteurs à dialoguer entre eux. Des réponses très opérationnelles ont été apportées. De nombreux hôpitaux sont venus en aide à des EHPAD en difficulté : hospitalisation à domicile, aides techniques, expertise gériatrique, soins palliatifs. Cela conforte d’ailleurs le besoin de territorialisation de la politique de santé que la FEHAP défend depuis de nombreuses années. »

Antoine Perrin rappelle que des outils existent « comme la contractualisation des établissements avec les autorités de tutelles (ARS) qui repose sur l’évaluation des objectifs et des moyens ». La fédération plaide pour généraliser ces contrats « tout en fixant comme principe la confiance vis-à-vis des acteurs et donc, leur évaluation a posteriori ». Le DG de la FEHAP reconnaît que les acteurs doivent encore progresser sur les questions de prévention des crises de ce type. « Nous demandons qu’une procédure de gestion de crise soit intégrée aux ARS dans le cadre d’une évolution de leur fonctionnement. La question des stocks de matériel, leur maintenance et leur renouvellement est aussi un enjeu pointé par le directeur général qui invite les autorités nationales à « envisager la relocalisation de certaines productions (matériels, masques, industrie du médicament). « Enfin, un effort plus important doit être fait sur l’innovation, qu’il s’agisse de la recherche biomédicale ou les nouvelles technologies, mais également en matière d’organisation, de gestion des ressources humaines, de modalités de soins et d’accompagnement… »

” La régulation incluant établissements publics
et privés a permis de limiter les effets
de saturation dans le public.”

Martine Da Luz, présidente de la Mutuelle Complémentaire Ville de Paris

Martine Da Luz se réjouit elle aussi du dialogue qui s’est instauré entre public et privé et qui a permis de mieux prendre en charge les patients au niveau des territoires les plus touchés. « En travaillant ensemble, en mettant en place une stratégie commune, établissements publics et privés ont pu augmenter les capacités de prise en charge des patients Covid. La régulation incluant établissements publics et privés a permis de limiter les effets de saturation dans le public. » 

Si elle trouve donc rassurant qu’une coopération entre public et privé s’est révélée possible et finalement efficace, elle rappelle que cette dernière est née d’un contexte très particulier. « Au quotidien, le fonctionnement et la finalité de l’hôpital public et des cliniques privées sont très différents. Notre service public de santé doit rester le pivot de notre système de soins. Il doit rester accessible à tous et être en capacité d’assurer la continuité des prises en charge, quelles que soient les pathologies. »

  • 1) La FEHAP rassemble 700 hôpitaux en France et représente 14 % de l’offre sanitaire dans le pays, avec une place prépondérante dans les soins de suite et de réadaptation (30 %), l’hospitalisation à domicile (57 %), maladie rénale chronique (47 %).

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