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Déserts médicaux : Christophe Bouillon, président de l’Association des petites villes de France, veut créer des zones prioritaires de santé

La loi santé répond-elle vraiment aux besoins des territoires ? Tel était le théme des « Contrepoints de la santé » organisés par les journalistes Philippe Leduc et Pascal Maurel. Ces derniers ont invité Claude Léonard, président du Conseil départemental de la Meuse et Christophe Bouillon, député de Seine-Maritime, président de l’Association des petites villes de France à s’exprimer sur la situation en zones sous dotées en médecin.

La santé n’était pas au menu du Grand Débat. Pourtant, la question des déserts médicaux et des hôpitaux s’y est invitée comme l’une des préoccupations majeures des français.  En effet, sur les presque  30 000 contributions s’alarmant de ne plus avoir accès aux services publics de proximité, 30,4 % ont fait référence aux services publics de santé, dont les hôpitaux (12 %), les médecins en nombre suffisant (9,7 %), l’accès aux soins en général (2,1 %), l’installation de maisons de santé (0,9 %) ou encore le nombre de spécialistes (0,5 %).

Beaucoup des participants ont plaidé pour la contrainte à l’installation des généralistes, voir même pour un service médical obligatoire.

La montée des questions de santé dans le grand débat n’a pas étonné Claude Léonard, président du Conseil départemental de la Meuse et, lui-même, ancien médecin. « Sur le terrain, cela fait des années que les patients et les professionnels alertent ce n’est pas une surprise». 

Selon lui, a prédominé pendant longtemps l’idée que s’il y avait moins de médecins, il y aurait également moins de dépenses de soins. Une offre contrainte, jouerait sur la demande.

Et en effet, une telle vision libérale s’est au fil des ans, rapidement  venue se heurter au fait que la santé n’est pas un simple bien de consommation et la loi du marché ne s’y applique pas. On ne choisit pas d’être malade et pour les patients, les arbitrages ne se font qu’à la marge. 

Pendant que l’on restreignait l’offre, les dépenses de soins, elles, continuaient d’augmenter  dopées par l’explosion des nouvelles technologies et le vieillissement de la population. 

Dans la Meuse, Claude Léonard s’est félicité que ce département rural ait anticipé en créant en 17 ans 24 maisons de santé dans le cadre de  l’intercommunalité, ce qui a permis de palier la première vague de départ des médecins en retraite : « or aujourd’hui, ce n’est plus le cas…  Et nous sommes face au mur. La situation va se complexifier. Si les jeunes médecins veulent bien s’installer en zone rurale, ils veulent avoir un hôpital à moins de 25 kilomètres». Ce dernier constate que les Agences régionales de santé ont « déshabillé les hôpitaux de proximité de leurs prérogatives ». A Verdun, par exemple, le président regrette la suppression d’un service de pneumologie qui fonctionnait bien. Idem à Bar le Duc où la maternité a fermé ; pas idéal pour attirer les jeunes médecins vers les hôpitaux de proximité de la Meuse.

9600 territoires sous dotés en médecins

Christophe Bouillon, lui aussi, connaît bien la situation dans laquelle s’enlisent les territoires. L’association des petites villes de France qu’il dirige, fédère 4000 communes dont la population est comprise entre 2500 et 25 000 habitants; en tout, 27 millions de français : « Il s’agit essentiellement de petites villes en périphérie de plus grandes. Elles se croyaient jusqu’alors épargnées par les déserts médicaux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ».

Christophe Bouillon cite le nombre de 9600 territoires sous densifiés, parmi lesquels les départements de l’Orne et de l’Eure qui ne comptent plus que 117 médecins généralistes pour 100 000 adhérents, quand la moyenne nationale est de 317 pour 100 000. Une situation d’autant plus préoccupante qu’un médecin sur deux va partir en retraite dans les cinq ans. 

Cet état des lieux vient corroborer les chiffres du sondage BVA réalisé pour les « Contrepoints de la santé ». 65 % des personnes interrogées disent avoir eu une difficulté à prendre un rendez-vous avec un médecin dont 31 % avec beaucoup de difficultés, 60 % à un examen spécialisé (Scanner, IRM). Concernant la loi « Ma santé 2022» qui vise à lutter contre les déserts médicaux, seuls 44 % des sondés ont entendu parler de la mesure phare : le développement des hôpitaux de proximité. Enfin, quand on les interroge sur la télémédecine, si 54 % pense qu’elle peut apporter des réponses, seuls 9 % la considèrent comme une solution très intéressante. Celle-ci apparaît donc plus comme un palliatif que comme un véritable engouement.

9 Français sur 10 sont pour la coercition en matière d’installation des médecins

Christophe Bouillon est sévère « Si les effets de la loi santé vont se faire sentir dans 10, aujourd’hui il y a urgence »

Commence à faire consensus l’idée selon laquelle la coercition pourrait s’imposer en matière d’installation des médecins. 9 français sur 10 sont pour, les propositions faites au grand débat la mentionne et de plus en plus d’experts la réclament. « On refuse la régulation pour les médecins, alors qu’elle existe déjà pour un certain nombre de professionnels. Imposer, ce ne serait pas pour autant la soviétisation de la médecine,affirme Christophe Bouillon. On ne peut pas rester les bras ballants. Il s’agit d’un enjeu de société qui va grandir avec le vieillissement de la population ». 

Ce dernier réclame la création de zones prioritaires de santé, « territoires sur lesquels il faudrait mettre le paquet, quitte à sortir du droit commun avec des statuts dérogatoires ». La coercition, Claude Léonard, lui, n’est pas pour, préférant des mesures pour empêcher les médecins de s’installer dans les zones sur dotées. 

Anne-Marie Thomazeau
Rédactrice en chef adjointe du magazine Viva, Anne-Marie Thomazeau est spécialisée dans la protection sociale et l’économie de la santé.

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