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« Il faut une vraie mise en sécurité sociale de la société »

Pour Jean-François Naton, vice-président CGT du CESE (Conseil économique, social et environnemental) la crise sanitaire révèle la pertinence de la protection sociale (Sécu+mutuelles) mais met aussi en lumière « l’absence d’une politique de santé dans notre pays ». Le syndicaliste plaide pour une « mise en sécurité sociale » de la société, soit une vraie politique de prévention, d’éducation en santé et d’accompagnement dans le soin. Et appelle pour cela à des « Etats généraux » réunissant l’ensemble des acteurs (Sécu, complémentaires santé, professionnels de santé, syndicats, associations) pour mettre en place une politique de santé qui prenne la personne dans sa globalité. « La Mutualité devrait être aux avant-postes pour participer à ce renouveau » affirme-t-il.

– Quels enseignements tirez-vous de la crise sanitaire en ce qui concerne la protection sociale ?

Tout d’abord, il ne faut pas s’étonner qu’on en soit là, de confinements en couvre-feux, le système de soins et de santé ayant été rationné depuis quarante ans. A force de ne penser que maîtrise des coûts, les gouvernants ont cessé de penser aux besoins. Il y a des responsabilités dans l’effondrement de notre système de santé, notamment hospitalier.

Dans ce dur contexte, ce que révèle la crise sanitaire, c’est la pertinence de la protection sociale. Le couple Sécurité sociale+mutuelles est au rendez-vous. Déjà, lors de la crise de 2008, on avait parlé d’une protection sociale amortisseur. Cette fois, on peut dire que c’est la protection sociale qui tient le pays debout car les gens peuvent se soigner, toucher leurs prestations, les cotisations sociales sont encaissées et redistribuées.

– Vous plaidez pour une vraie politique de « mise en sécurité sociale » de la société française. Qu’entendez-vous par là ?

Ce que l’on constate plus que jamais avec cette crise c’est l’absence d’une politique de santé dans notre pays. On manque de culture de la prévention et de structures ayant une approche globale de la santé, de la prévention aux soins. C’est pourtant ainsi que le système avait été conçu à la Libération. Il faut que cette crise surgisse, d’une rare intensité, pour que l’on se le rappelle. Il y a un retour sur l’histoire via le covid. La « mise en sécurité sociale », c’est une vraie politique de prévention, d’éducation en santé et d’accompagnement dans le soin. 

« Il faut une nouvelle alliance entre la Sécurité sociale et les mutuelles qui doivent se fixer ensemble des objectifs communs »

– Comment parvenir à cette « mise en sécurité sociale » ?

Je pense qu’il faut une nouvelle alliance entre la Sécurité sociale et les mutuelles qui doivent se fixer ensemble des objectifs communs et agir de concert pour prendre en charge et protéger la population. Cela veut dire que la Mutualité doit re-questionner son rôle originel dans le domaine de la prévention. Aujourd’hui les besoins sont évidents : accompagner les gens en matière d’hygiène, de tests, d’isolement, de vaccination dans le cadre d’une vraie éducation à la santé et non dans une vision individualiste. L’enjeu de cette « mise en sécurité sociale » est de replacer l’individu dans le collectif.

Sans attendre le règlement de la crise, l’ensemble des acteurs devraient se réunir dans des « Etats généraux » (la Sécu, les complémentaires santé, les professionnels de santé, les syndicats, les associations) pour mettre en place une politique de santé qui prenne la personne dans sa globalité, avec au cœur le travail et l’environnement, et qui soit pensée sur les besoins et non sur les coûts. La Mutualité devrait être aux avant-postes pour participer à ce renouveau. C’est d’autant plus crucial qu’on ne peut exclure la tentation, en sortir de crise, d’un débat pour mettre  en place une assurance maladie qui couvre à 100%. On est déjà sur la voie d’une étatisation rampante. Son achèvement serait dramatique pour le mouvement social dans son ensemble. Car qui dit étatisation, dit privatisation.

Certains, comme le politologue Bruno Palier, prônent le développement des centres de santé, dont les centres de santé mutualistes. Qu’en pensez-vous ?

Je pense également qu’il faut les développer. Les centres de santé sont en résonnance avec la crise sanitaire car ils font de la prévention et reposent sur la proximité, une approche interdisciplinaire, la gratuité des soins. Autant de valeurs essentielles pour affronter une pandémie. Jusqu’à cette crise, on avait plutôt tendance à les moquer car on les trouvait ringards : pourquoi avoir des structures quasi soviétiques alors que chacun, dans le système de santé, peut faire fonctionner sa petite entreprise individuelle tellement plus tendance ? Aujourd’hui, on ne peut que réaliser le manque de ce type de structures et de personnels de santé dédiés à une approche de santé publique.

– Paradoxalement, nous vivons actuellement un grand moment de prévention (très peu de cas de grippe, par exemple). Comment en tirer des leçons pour l’après crise ?

On est dans un moment de prévention mais comme elle nous est imposée, on la vit comme une contrainte, une malédiction. Il faut au contraire en tirer un enseignement pour l’avenir, que la culture de la prévention rentre dans les mœurs, en trouvant le juste équilibre pour préserver notre liberté. On ne pourra pas faire comme avant car ce qui a été fait avant nous a amenés dans ce chaos.

* Auteur de Pour d’autres jours heureux, la Sécurité sociale de demain (éd. de l’Atelier, 2019).

A paraître, son article : Pour une nouvelle mise en sécurité sociale (revue « Travailler au futur », mars 2021)

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