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«La réforme va aboutir à une baisse des pensions pour tous », François Hommeril (Cfe-Cgc)

A la veille de la septième grande manifestation (vendredi 24 janvier), organisée le jour de la présentation du texte de loi en conseil des ministres, le président de la Cfe-Cgc, François Hommeril, explique pourquoi son syndicat est opposé à la réforme des retraites : « Elle va aboutir à une baisse des pensions pour tous. » Sans illusions sur la conférence du financement, il considère qu’il y a un vrai manque de respect de la démocratie sociale et que, dans ce conflit social, « Emmanuel Macron a d’ores et déjà perdu ».

Contrairement aux autres syndicats réformistes (Cfdt, Cftc, Unsa), le retrait de l’âge pivot par le gouvernement ne vous a pas convaincu. Pourquoi ?

En effet, nous n’avons pas été convaincus par la séquence « âge pivot » qui s’est déroulée entre le 11 décembre et le 11 janvier. Il s’agit, selon nous, d’une grosse manœuvre gouvernementale vis-à-vis des syndicats, qui a permis de créer de la confusion pour l’opinion publique. Le gouvernement a rajouté ce point nouveau de l’équilibre financier à l’horizon 2027, ce qui n’est pas acceptable car c’est lui-même qui a créé le déficit en n’honorant plus son obligation de compenser les exonérations.

Cette affaire de l’âge pivot n’est pas le cœur du problème. Ce qui nous inquiète, c’est la réforme  en elle-même. Nous avons des raisons de penser qu’elle va aboutir à une baisse des pensions pour tous. Le projet du gouvernement est idéologique : il veut pouvoir gérer les 320 milliards d’euros de dépenses publiques allouées aux retraites comme il gère le budget de l’Etat. Le système à points est un moyen pour organiser la convergence européenne et faire passer les retraites de 14 % du Pib à 11 %, soit une diminution des pensions de 20 %. L’Europe considère que la France a un niveau de dépenses publiques trop important et y inclut les retraites, alors que c’est du salaire différé (sauf pour les fonctionnaires). C’est vrai, certains peuvent s’étonner qu’un syndicat dit « réformiste » comme la Cfe-Cgc soit mobilisé contre cette réforme. Je n’emploie plus ce terme de « réformiste » car cela veut dire que le pouvoir politique nous voit comme acceptant toujours ses réformes. Je considère que nous sommes un syndicat proactif et qui n’accepte pas tout.

Vous considérez que la Conférence du financement est un jeu de dupes. Quelle est votre analyse à ce sujet ?

Nous irons à la Conférence du financement et nous serons contributifs, mais le gouvernement exclut toute hausse de cotisations, ce qui ne laisse aucune marge de manœuvre. Ce faisant, il s’ingère dans le domaine qui relève de la négociation syndicale interprofessionnelle, en vertu de la loi Larcher du 31 janvier 2007 qu’il ne respecte pas. De même qu’il ne respecte pas la loi Veil du 25 juillet 1994 qui oblige l’Etat à compenser les exonérations de charge à la Sécurité sociale.

Cela dit, nous allons rencontrer le président de la Conférence du financement, Jean-Jacques Marette, et nous mettrons nos propositions sur la table.

Vous représentez les cadres. Quel est votre point de vue concernant l’effet de cette réforme sur cette population ? Croyez-vous qu’il y a une volonté du gouvernement d’orienter les cadres vers la capitalisation ?

Tout d’abord, je précise que nous représentons les techniciens, les agents de maîtrise et les cadres, soit ce qu’on appelle la classe moyenne. Nos adhérents sont plus ou moins diplômés quand ils rentrent dans l’entreprise. Beaucoup ont des carrières ascendantes et c’est précisément ceux-là qui sont impactés par la réforme : ce n’est pas la peine d’être polytechnicien pour comprendre que le calcul de la pension sur les 25 meilleures années est plus favorable qu’un calcul qui prend toutes les années, notamment les 15 premières qui sont à des salaires peu élevés.

Quant aux salariés qui touchent plus de 120 000 euros brut par an, ils sont envoyés vers la capitalisation, puisqu’ils ne pourront plus cotiser au-delà de ce montant. Ces cadres iront donc vers la capitalisation, les produits sont prêts, prévus par la loi Pacte. C’est un marché très convoité de 3 milliards d’euros par an. Je rappelle que la capitalisation est très fragile en cas de crise financière, comme on a pu le voir en 2008 aux Etats-Unis.

Vous avez écrit : « Quel que soit l’avenir de mouvement, Emmanuel Macron a d’ores et déjà perdu. » Qu’avez-vous voulu dire ?

Quand il y a un conflit social, il y a deux gagnants ou deux perdants. Puisque la mobilisation n’a débouché sur rien, il y a deux perdants. Emmanuel Macron a échoué à être le garant de la paix sociale et en cela il a perdu, cela le marque.

Mais l’histoire n’est pas terminée, elle s’écrit en permanence. Nous demandons toujours l’ajournement de la réforme pour repartir sur des bases respectueuses. Notre comité directeur du lundi 20 janvier a décidé la poursuite de notre participation à l’intersyndicale et nous serons présents à la 7e grande manifestation du vendredi 24 janvier. En revanche, nous suspendons notre participation à d’autres manifestations le temps de la Conférence du financement et allons mettre notre énergie dans le contact avec les parlementaires qui vont bientôt être saisis du projet de loi.

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