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« Le monde d’après commence tout de suite », pour Elsa Faucillon

Pour la députée communiste Elsa Faucillon, le défi est de passer de la riposte nécessaire aux politiques libérales, si néfastes pour l’humain et la planète, à une perspective positive, écologiste, sociale, féministe, antiraciste, démocratique. 

Chacun aujourd’hui possède sa lecture de la crise. Quelle est la vôtre ?

La crise sanitaire a révélé la grande vulnérabilité de nos sociétés. J’ai beau savoir combien les choix d’austérité ont malmené les services publics, voir la 6e puissance économique mondiale manquer à ce point de tout est déchirant. Personnels, lits, matériels de réanimation, de protection, masques… En réalité, les stocks de LBD semblent être mieux gérés ! 

D’ailleurs, je crois que la crise a produit chez beaucoup de nos concitoyen(ne)s un effet de révélation des méfaits et des dangers du capitalisme, elle a fait revenir en force la question écologique, mais aussi les exigences de service public, de justice sociale, d’augmentation des salaires. Le confinement, avec toutes les difficultés qu’il a engendrées, a montré combien la marchandisation de tout abîme nos désirs, le sens de nos activités et l’environnement. Tout reste évidemment à construire pour que cette prise de conscience devienne une force d’action politique et culturelle. 

Selon vous, quelles conséquences cette crise va-t-elle avoir demain ?

Pas de prédictions mais une volonté, celle que ce moment suspendu débouche sur un basculement vers d’autres modes d’organisation sociale, d’autres normes, de nouvelles hiérarchies de valeurs. 

Chacun prend conscience que cette crise sanitaire ne sera pas la dernière. La Covid-19 montre la gravité de la destruction des écosystèmes, de l’habitat de certaines espèces, de la déforestation, de l’industrialisation de l’agriculture, mais aussi du trafic des animaux sauvages. Ce sont des conditions favorables au développement des maladies infectieuses ou parasitaires transmissibles de l’animal vertébré à l’espèce humaine. Notre rapport au vivant humain et non humain est en cause. Alors que nous entrons dans une très grave crise économique, l’appel des libéraux, du gouvernement au Medef, à relancer la machine en accélérant ce qui nous mène dans le mur pour nos droits sociaux comme pour l’environnement devrait signer l’alerte pour chacun et chacune d’entre nous. 

Certains disent qu’il y aura un avant- et un après-Covid-19. Que plus rien ne sera jamais comme avant. D’autres ne le pensent pas. Quelle est votre position ?

J’aimerais vous répondre avec certitude, mais la période apporte son lot de doutes, non ? Si il en faut une, ma conviction c’est que l’« après » commence tout de suite. 

Le président de la République, en écho au responsable du Medef, appelle à travailler plus ; la nécessaire revalorisation des métiers (souvent des métiers féminisés d’ailleurs) se transforme en prime ; des milliards sont versés à des entreprises sans conditions sociales et environnementales ; les libertés publiques sont asphyxiées et la grande mobilisation antiraciste subit l’affront du pouvoir qui en fait un combat communautariste.

« En réalité, ils veulent à tout prix retrouver le monde d’avant. Pas moi. Et je crois ne pas être la seule ! »

Alors, face à l’urgence, il serait historiquement irresponsable que les forces de la gauche sociale et écologiste ne réussissent pas à se rassembler pour porter une alternative dont le cœur serait un projet post-capitaliste. Le défi est de passer de la riposte nécessaire à ces politiques si néfastes pour l’humain et la planète à une perspective positive, écologiste, sociale, féministe, antiraciste, démocratique. 

Le « jour d’après », quels seront, selon vous, les changements à mettre en œuvre dans l’urgence, puis dans le court et moyen terme ?

La marchandisation du monde, le productivisme et son corollaire le consumérisme, mais aussi la société du buzz, du business : tout cela nous emmène dans le mur. Cette course folle se moque des limites de la planète, elle démantèle les cadres de protection sociale. Concilier l’urgence sociale et l’urgence écologique est vital. Je crois que nous pouvons transformer nos difficultés actuelles en opportunités pour un changement de modèle de développement afin de tenir compte des limites de la planète. Cela se traduit par la résilience des territoires afin que ceux-ci soient en capacité d’absorber les chocs à venir, par la solidarité à travers le renforcement des services publics et des métiers du soin, par la justice sociale afin que les individus aient le pouvoir de mener leur vie, par la démocratie au cœur de tout projet d’émancipation. J’ai conscience du basculement que cela implique. Mais les catastrophes en cours et celles qui s’annoncent doivent nous servir à la fois d’alerte et de moteur. 

Anne-Marie Thomazeau
Rédactrice en chef adjointe du magazine Viva, Anne-Marie Thomazeau est spécialisée dans la protection sociale et l’économie de la santé.

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