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Le « monde d’après » des forces sociales

Les leaders des quatre grandes organisations syndicales et des trois organisations patronales représentatives au niveau national interprofessionnel donnent leur point de vue sur l’après-crise. 
« Réunis » en visioconférence, à l’invitation de l’Association des journalistes de l’information sociale, le 11 juin, les dirigeants des forces sociales évoquent notamment les conséquences de l’épidémie de coronavirus sur la situation sociale du pays et les lendemains…

Revenir à la négociation pour Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT

« Si nous vivons une situation complètement inédite, on voit bien qu’elle a révélé un certain nombre de nos problématiques au grand jour.

A cette occasion, on a bien vu que le rôle de notre modèle social a été importante… il n’y a qu’à voir que ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis pour comprendre l’importance de notre protection sociale, de la Sécurité sociale.

Alors que fait-on aujourd’hui ? Soit on continue comme avant, soit on a une vraie rupture et on met au-devant de la scène les questions du travail, industrielles, sociales. 

Il faut savoir revenir à la négociation, mais la vraie négociation. Revenons sur l’assurance chômage. Il n’est pas possible que l’État demande de négocier et qu’il donne les résultats de la négociation avant même les négociations. L’État doit laisser place à la négociation.  L’expérience nous montre hélas, qu’il nous donne la solution du problème avant d’avoir l’énoncé… 

Quand à la création d’une cinquième branche, pourquoi ? La dépendance doit être intégrée au régime général de l’assurance maladie directement.»

Retour des droits sociaux pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

« Cette crise a mis la société dans une forme de cocon, et, là, on est en train de sortir de cette période et on s’aperçoit que ça va être dur… Pourtant les questions doivent porter sur l’emploi, le travail, le sens du travail, l’aspiration à travailler autrement. Cette question va être extrêmement importante dans les mois à venir. 

Il y a bien sûr la question de l’économie et donc de la situation sociale dans notre pays qui va être est très compliquée. 

Mais dès aujourd’hui l’État doit assumer ses responsabilités : J’ai de multiples critiques sur le droits social, les libertés publiques, les libertés syndicales doivent être levées le 10 juillet. »

La solution des branches pour Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef

« On a tous été pris par sidération par cette crise, c’est la première fois que les États décident pour de bonnes raisons de ralentir l’économie à la fois sur l’offre et la demande. Les outils n’ont pas la même ampleur en fonction des pays, mais ils ont la même forme.

Aujourd’hui, on peut voir que les signaux depuis le dé-confinement sont meilleurs que ce qu’on avait pu imaginer. C’est le cas par exemple avec les concessionnaires automobiles.

Sur le dialogue social, ma conviction le modèle des organisations économique des entreprises divergent aujourd’hui plus qu’hier ; Le rôle de l’état est de fixer un cadre mais l’essentiel est de trouver les solutions dans les branches et les entreprises.

Quand à la création d’une cinquième branche, je suis en accord avec Philippe Martinez… »

Retour aux vieux réflexes pour François Hommeril, président de la CFE-CGC

« Je porte un regard étonné car il y a eu un moment presque d’euphorie pendant cette période où on imaginait le monde d’après, une fois que le président a dit qu’il falalit se réinventer. 

Mais la crise sociale qui s’engage remobilise de vieux réflexes qui sont très « ancien monde ». Cette petite lumière est en train de s’éteindre, on en revient aux vieux réflexes.

Le gouvernement a eu besoin de nous pendant la crise. Mais qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui ? A part des ordonnances qui ont été prises dans l’urgence… et qui pour certaines pourraient être pérennisées ?

On a aujourd’hui un problème de confiance. 

Ce qui va se passer sur l’Unedic est éclairant. Ce qui a été décidé en juillet l’année dernière est devenu totalement obsolète. Il faut l’abroger. »

Montée en gamme pour Cyril Chabanier, président de la CFTC

« Ça fait deux ans que le dialogue social est compliqué et cette crise n’a fait que mettre en exergue certaines problématiques. 

Aujourd’hui, quand on parle baisse de salarie, ce n’est pas fait pour redonner confiance et on sait que la confiance est le moteur de l’économie. 

Pour moi, la clé de la sortie de crise, c’est le dialogue social.

Cette crise montre qu’il est nécessaire de retrouver une certaine indépendance avec les relocalisations. Il faut arrêter cette logique d’aller vers le bas coût, il faut aller vers la montée en gamme. Sinon, on pourra prendre toutes les mesures que l’on veut, on ne sera jamais concurrentiel. 

Le monde d’après c’est la montée en gamme. » 

Retrouver le rôle des syndicats pour Yves Veyrier, secrétaire général de FO

« Cette crise a révélé ce que sont les syndicats et leur rôle dans notre pays, alors que nous étions sur un déficit du dialogue social qui était totalement discrédité. Aujourd’hui on manque de grains à moudre. La démission du paritarisme vaut pour la France mais pour toute l’Europe. 

La relance doit se faire par la demande. Et on voit bien, notamment pour le tourisme, que la demande nationale ne suffira pas. 

Sur les aides publiques, il faut savoir les réviser. Les PME ne doivent pas être au même niveau que les grandes entreprises. Il y a une véritable démarche à revoir. 

Écouter les partenaires sociaux pour Alain Griset, président de l’U2P

« On a vu une grande disponibilité de nos salariés pour une reprise rapide. Ils savent que la réussite d’une entreprise c’est la leur. S’il n’y a pas d’activité économique dans nos grandes villes il n’y a pas de vie.

Dorénavant, il va falloir qu’on se mette d’accord sur le rôle des partenaires sociaux pour arrêter de faire du faux semblant. Ils doivent être écoutés.

Sur l’assurance chômage, par exemple, beaucoup de décisions ont été prises par l’État sans en prendre en charge les conséquences financières. Notre rôle de fonds doit être reconnu »

François Fillonhttp://www.vivamagazine.fr
Directeur de la rédaction du magazine Viva, François Fillon s’intéresse à l’économie sociale et plus particulièrement aux questions de protection sociale.

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