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« Les jeunes sont nombreux à avoir besoin d’un accompagnement psychologique »

La précarité dans la jeunesse n’est pas nouvelle mais elle a été mise au jour et aggravée par la pandémie de Covid-19. Dans ce contexte, RÊVES – Jeunes, association inscrite dans une démarche solidaire, veut améliorer l’accès à la santé pour la jeunesse. Les Mutuelles de France ont souhaité accompagner leur projet, notamment sur la question de la santé mentale.

Entretien croisé entre Abdoulaye Diarra, de Rêves jeunes et Nicolas Souveton, des Mutuelles de France

Vous travaillez beaucoup sur la question de la santé mentale des étudiants, notamment au regard de la crise actuelle. Quel est votre constat ?

Abdoulaye Diarra, Rêves jeunes : Les besoins en accompagnement psychologiques sont importants. Selon un sondage Ipsos du mois de mars, 75% des 18-25 ans se sont sentis « tristes, déprimés ou désespérés » dans le contexte de la pandémie de Covid-19.
Cela vient confirme et accentue les résultats de l’enquête réalisée par l’Observatoire national de la vie étudiante qui établit que près d’un étudiant sur trois a présenté les signes d’une détresse psychologique pendant la période de confinement, notamment de la nervosité, de la tristesse et de l’abattement ou du découragement. 

Trois catégories d’étudiants apparaissent particulièrement fragiles : les étudiants en difficulté financière (46 % présentent les signes d’une détresse psychologique, deux fois plus que les étudiants sans difficulté), les étudiants étrangers et… les étudiantes. La perte d’un proche, à laquelle 7 % des étudiants déclarent avoir été confrontés, est également associée à une détresse psychologique plus fréquente. C’est pourquoi depuis plusieurs mois, nous mettons gratuitement à disposition des jeunes des psychologues et des professionnels de l’accompagnement. 

Au-delà des chiffres, le malaise est bien la résultante de la précarité économique présente conjuguée au flou des perspectives, notamment professionnelles.

Ce sont des parcours de vie qu’il nous faut soutenir dès à présent car un jeune qui perd le fil, à un moment déjà instable de construction personnelle et professionnelle, c’est tout un avenir qui est mis en danger, à un âge qui est l’âge crucial des rencontres et des découvertes sociales fondatrices…

Pour les Mutuelles de France, quelles propositions avez-vous pour y répondre ?

Nicolas Souveton, Fédération des Mutuelles de France :La santé mentale est le parent pauvre de notre système de santé. L’offre en ville est mal prise en charge, et les moyens alloués aux services de psychiatrie à l’hôpital sont largement insuffisants. Si cette situation pose problème en période normale, elle rend la situation critique aujourd’hui.

Pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire sur la santé mentale, la Mutualité française a, avec les autres familles de complémentaire, annoncé prendre en charge totalement 4 consultations de psychologie pour chaque adhérent en 2021. 

La mesure concerne l’ensemble des personnes couvertes, à la date de chaque séance, par un contrat de complémentaire santé, individuel ou collectif, qu’elles soient adhérentes ou ayants-droit.

Il s’agit là d’une première réponse à l’urgence de la situation

Et sur le long terme, quels sont les enjeux de la santé mentale ?

A. D. : En France on compte 1 psychologue universitaire pour 30 000 étudiants alors que les recommandations internationales sont d’1 pour 1 500 étudiants, soit 20 pour 30 000 ! Par ailleurs, le dispositif chèque psy étudiant, ne concerne que 1% de l’offre de psychologue en France.
Il y a nécessité pour les pouvoirs publics, les universités et surtout le ministère, d’investir massivement dans l’embauche de personnels soignants pour les étudiant·e·s.

N. S. : La crise pandémique a sorti la santé mentale d’un déni coupable qui laissait les patients et leurs proches désemparés. 

Il faut d’abord réformer en profondeur la prise en charge de la santé mentale, en développement la détection et la prise en charge précoce des troubles, en associant tous les professionnels de santé et notamment ceux du premier recours.

Ensuite, il faut travailler à améliorer l’accès financier aux soins. Cela doit passer par une prise en charge pérenne des consultations de psychologues, avec une participation majoritaire et significative de l’Assurance maladie et des tarifs opposables d’ordre public. 

Il est nécessaire aussi de s’attaquer aux restes à charge pour les prises en charge hospitalières en facilitant le tiers payant et en plafonnant les frais pouvant être facturés.

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