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« Nous avons plus que jamais besoin de Mutualité», affirme Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française.

Carole Hazé, vice-présidente des Mutuelles de France, Pascale Vatel, secrétaire générale et Nicolas Souveton, administrateur ont accueilli Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française à Brest. Ils l’ont interpellé sur les sujets d’actualité qui impactent le mouvement.

Carole Hazé : Le paysage mutualiste s’est transformé avec la constitution de grands groupes et l’intervention dans la santé d’opérateurs du monde de l’assurance et de la prévoyance. Il existe aujourd’hui une porosité entre ces différentes famillesau sein même de la FNMF. Cette évolution ne présente-t-elle pas le risque de dénaturer le monde mutualiste ? et plus encore d’amener à un appauvrissement des ambitions politiques de la Mutualité ? Comment dépasser le rôle de syndicat professionnel ? Et quel projet la FNMF peut-elle aujourd’hui porter, alors qu’elle est tiraillée entre les assureurs et les instituts de prévoyance d’un côté et ceux qui ont un cœur mutualiste de l’autre ?

«Les mutuelles ont été amenées à faire face à de nombreux chocs»

Thierry Beaudet :  La reconfiguration du monde mutualiste est un fait. Elle a été plus subie que choisie. Les mutuelles ont été amenées à faire face à de nombreux chocs : réglementaires avec l’ACPR, la RGPD, la résiliation infra-annuelle, le Rac 0, prudentiel avec la transcription dans le droit français des directives Solvabilité 2, et fiscal.

Face à cette évolution, un certain nombre de mutuelles ont dû coopérer avec d’autres en groupant leurs moyens, en créant des unions ou même en fusionnant. Cela a eu des conséquences :sur 6 000 mutuelles en 1990, il n’en reste que 600. Les mutuelles de santé ont d’abord coopéré avec d’autres mutuelles de santé puis, dans une période plus récente, les frontières ont explosé. Certaines se sont rapprochées des mutuelles d’assurances, des groupes de prévoyance. D’autres font même réassurer une partie de leur activité par des assureurs lucratifs. Mais, globalement, tout se réorganise plutôt dans le secteur du non-lucratif. Ce qui est un élément important. Cette recomposition peut-elle avoir des conséquences sur les décisions que nous prenons ? Est-ce qu’elle appauvrit notre action politique ? J’estime que nous sommes pleinement présents dans le débat public, par exemple, lors de la réforme du RAC 0 ou sur la question de la perte d’autonomie. Notre contribution au Ségur de la santé a été remarquée et nous avons pris des positions très fortes sur le PLFSS, contre le forfait urgences et la taxe Covid. Nous sommes à l’écoute de cette diversité mutualiste et de ce que nous disent toutes les mutuelles, grandes ou petites.

Je ne nie pas que les choses sont complexes, mais nous ne nous résignons pas, et d’autant moins que dans la situation sanitaire économique et sociale, nous avons plus que jamais besoin de mutualité.

Nicolas Souveton : Ce besoin de mutualité, cette idée de « faire du commun », résonnent fortement avec notre identité mutualiste qui est de se rassembler et d’agir ensemble pour répondre à des besoins identifiés. Cette capacité à faire en commun est particulièrement illustrée par notre réseau de Ssam, qui propose à l’ensemble de la population et aux adhérents mutualistes des services pour accéder à la santé. Ce réseau est un outil politique très puissant puisqu’il permet de rendre la santé accessible à tous. Par le passé, ce sont ces réalisations qui nous ont permis d’inventer le tiers payant dans les pharmacies mutualistes.

Or, aujourd’hui, nous avons l’impression que la mutualité n’a pas de stratégie commune pour développer l’offre de santé mutualiste ? Pourquoi ne pas mieux utiliser ce réseau pour démontrer notre capacité à transformer le système ?

Thierry Beaudet : Je suis très attaché au réseau des Ssam. Le développer, c’est contribuer à transformer positivement la société, car nous sommes des acteurs qui favorisons l’accès à des soins de qualité à des tarifs maîtrisés dans tous les territoires. Par ailleurs, le fait que la Mutualité pratique du soin, qu’elle soit un acteur de santé nous permet, dans nos actions de plaidoyer, de nous appuyer concrètement sur nos expériences de terrain. C’est pourquoi l’avenir de la Mutualité passe par le livre III. Mais son développement suppose des moyens considérables pour investir, transformer, moderniser. C’est pourquoi, jusqu’à récemment, nous n’étions pas dans cette perspective. Je prends le pari que les choses vont changer.

«la prochaine présidentielle, c’est demain. le mouvement mutualiste devra être force de propositions».

Pascale Vatel : Nous affirmons notre appartenance au mouvement social et sur notre rôle d’acteur social en lien avec les organisations syndicales, les associations et les mouvements politiques. En tant qu’héritiers des anciennes mutuelles ouvrières, nous avons une volonté farouche de transformer la société pour plus de justice sociale. La Sécurité sociale, les services publics et le droit du travail sont les piliers de notre modèle social. C’est pourquoi être acteur du mouvement social, c’est défendre et promouvoir ces « conquis sociaux ». Or, année après année, les gouvernements les affai-blissent, en sapant les moyens financiers de la protection sociale.  Et nous, mutuelles, ne portons probablement plus assez haut l’étendard de la Sécu.Pour les Mutuelles de France, la bataille pour préserver un système solidaire est culturelle et politique. Aussi, nous nous interrogeons sur les démarches que la FNMF pourrait mettre en place pour préparer des jours d’après qui ne soient pas des jours malheureux ? D’autre part, par le passé, la Mutualité a pris position sur la défense de l’Ivg, dans la lutte contre les thèses du Front national, le combat pour les migrants… Quel est aujourd’hui l’engagement de la Mutualité sur ces questions de société ?

Thierry Beaudet : A la Mutualité Française, nous sommes très attachés à la Sécurité sociale de haut niveau, car elle est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. Mais parce que nous sommes mutualistes, nous n’attendons pas tout de l’Etat et de la solidarité nationale. Etre mutualiste, c’est aussi défendre l’idée que des femmes et des hommes s’associent librement pour faire face aux aléas de la vie. Il y a donc la solidarité nationale et la solidarité choisie. La Mutualité française a toujours eu des positions très claires sur la Sécurité sociale. Dans le PLFSS 2019, nous avions dénoncé la fin de la compensation systématique des exonérations de cotisations sociales. De même, aujourd’hui, nous dénonçons la taxe Covid et le forfait urgences. Les combats culturels et politiques ne se gagnent pas seuls. C’est pourquoi nous avons des contacts permanents avec les syndicats, les associations de patients et les groupes politiques. Et si nous parlons bien sûr de protection sociale, nous ne nous limitons pas à ces sujets. Nous sommes fidèles à tradition d’engagement de la mutualité sur les questions sociales et sociétales. Notre prise de position sur la fin de vie et la création d’un espace d’éthique fédéral n’est pas passée inaperçue. La prochaine élection présidentielle, c’est déjà demain, et la question de la complémentarité entre assurance maladie obligatoire et complémentaire sera posée. Le mouvement mutualiste devra être force de propositions. Nous y travaillons.

Anne-Marie Thomazeau
Rédactrice en chef adjointe du magazine Viva, Anne-Marie Thomazeau est spécialisée dans la protection sociale et l’économie de la santé.

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