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« Nous demandons un fonds de solidarité pour les associations », revendique Patrick Doutreligne

Alors que dans dix jours doit se tenir avec le gouvernement une « réunion de la dernière chance » afin que le secteur social soit soutenu dans cette crise et puisse continuer à mener ses actions, Patrick Doutreligne, président de l’Uniopss* s’inquiète de la situation des plus précaires de la notre société.

En cette rentrée, quelle est la situation pour les structures et les établissements que vous représentez ? 

Ce que l’on constate en cette rentrée, c’est que tous les secteurs sont impactés par la Covid-19. La crise sanitaire a entraîné une crise sociale considérable et tous les domaines de l’action sociale sont touchés de plein fouet : la petite enfance, l’adolescence, le secteur de l’insertion par l’économique et bien sûr, en première ligne, celui des personnes âgées. Cela faisait des années que les Ehpad alertaient sur le manque de financement, de personnels. Comment faire avec moins, quand un salarié était malade ou devait rester chez lui pour garder ses enfants. Le drame auquel nous avons assisté ne nous a donc malheureusement pas surpris. Le Ségur de la santé s’est avéré loin de la hauteur des enjeux. Certains ont été oubliés. Durant la crise, les salariés des services d’aides à domicile ont fait un travail formidable en se rendant quotidiennement auprès des personnes âgées pour apporter des repas et prodiguer des soins, pendant longtemps sans masques, car ils n’en n’avaient pas. Or ces personnels n’ont reçu aucune reconnaissance. Pas d’applaudissements mais pas non plus de primes de la part des pouvoirs publics. Il a fallu se battre pour qu’ils puissent simplement obtenir, au plus fort de la crise, des places de garderies pour leurs enfants afin de continuer à porter assistance aux plus fragiles. Les pouvoirs publics, aujourd’hui encore, ne semblent pas avoir pris la mesure réelle de la situation.

Le gouvernement a pourtant annoncé un vaste plan de relance à hauteur de 100 milliards d’euros

Certes. Mais sur ces 100 milliards, 1 % seulement est destiné aux personnes les plus vulnérables de la société. Par ces mesures, le gouvernement veut limiter le choc économique et faire en sorte que les Français ne basculent pas dans la précarité. C’est bien. Mais on fait une croix sur les populations les plus précaires. Les associations du réseau Alerte font pourtant un constat terrible. Ils reçoivent aujourd’hui 30 à 20 % de personnes en plus dans les distributions d’aides alimentaires, les services de soins ou les vestiaires. Beaucoup d’associations, en particulier les plus petites, celles qui travaillent au plus près des personnes fragiles sont dans une situation difficile voir catastrophique. Elles ont mangé leurs fonds propres. 

Que demandez-vous ?

« On nous avait parlé du “ Monde d’après ”. Il ne semble pas être pour demain, ni pour après-demain. »  

Nous demandons un fonds de solidarité pour le secteur associatif, à l’image de celui qui a été mis en place pour le monde de l’entreprise, à hauteur de 300 à 450 millions d’euros, ce qui est raisonnable face à l’ampleur des dégâts. Et puis que l’on cesse de nous parler du ruissellement de l’économique vers le social. L’idée est toujours de dire qu’il faut d’abord que l’économie dégage des bénéfices et qu’ensuite on s’occupera du social. En substance on nous dit : « Vous êtes des gens formidables, mais on ne va pas dépenser l’argent que l’on n’a pas pour financer vos actions. »

  • Créée en 1947, l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux) est une association loi 1901 reconnue d’utilité publique. Elle a pour vocation d’unir, de défendre et de valoriser les acteurs privés non lucratifs de solidarité. Elle porte auprès des pouvoirs publics la voix collective des associations des secteurs sanitaire, social et médico-social, engagées aux côtés des personnes vulnérables et fragiles. Présente sur tout le territoire, l’Uniopss regroupe des unions régionales ainsi qu’une centaine de fédérations, unions et associations nationales, représentant 25 000 établissements, 750 000 salariés et l’engagement d’un million de bénévoles.

Anne-Marie Thomazeau
Rédactrice en chef adjointe du magazine Viva, Anne-Marie Thomazeau est spécialisée dans la protection sociale et l’économie de la santé.

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