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Pascale Vatel, secrétaire générale de la FMF : « La solidarité est la condition d’une société libre »

La Fédération des mutuelles de France vient de tenir sa conférence nationale 2021 en présentiel. Un moment important depuis le congrès de Brest en octobre dernier ?

Un moment assurément important car la mutualité est une œuvre collective. Nous avons besoin de nous rencontrer, de discuter, d’élaborer ensemble. Les visioconférences nous ont permis de pallier les impossibilités de déplacements, parfois même d’innover dans nos modes de militantisme pendant la période de la pandémie de Covid-19. Mais rien ne remplace les échanges que nous avons quand nous sommes en présence physique. 

Vous avez beaucoup échangé autour du rapport qui sera prochainement présenté par le Haut Conseil à l’avenir de l’assurance maladie pour la rénovation de notre protection sociale. Quelles sont les préconisations de la FMF à ce sujet ?

Le HCAAM a publié un rapport d’étape qui propose un état des lieux et fait l’inventaire des pistes qui seront examinées dans le rapport définitif annoncé pour la fin de l’été. Attendons-le. Mais tout d’abord, je rappellerais que la Fédération des mutuelles de France ne défend pas le statu quoactuel, sa légion de dépassements d’honoraires et de tarifs, ses déserts médicaux, la pénurie dans les hôpitaux, etc. Pour autant, ce n’est pas parce que nous sommes volontaires pour transformer les choses que nous sommes prêts à avaler n’importe quoi ! 

A quoi pensez-vous ?

Les questions centrales autour de la protection sociale, cet outil permettant un droit effectif à la santé, sont celles de son financement, de son universalité et de son niveau de protection de la population.Toute réforme qui n’assurerait pas à chacune et à chacun une protection sociale de haut niveau, quels que soient ses revenus, serait une fabrique à injustices sociales. Et pour cela, il nous faut une Sécurité sociale forte, très forte. Toute réforme à périmètre financier constant de la Sécurité sociale serait un leurre qui conduirait à réduire une partie de ses missions et aboutirait à une explosion des inégalités dans l’accès à la santé. Il faut travailler la question de son financement notamment par l’élargissement de l’assiette des cotisations sociales, en ne la limitant plus aux revenus salariaux mais en incluant ceux du capital.

Nous évaluerons aussi les propositions qui seront faites à l’aune du reste à charge effectif qu’elles dessinent pour le patient. Et cela implique aussi de traiter le problème des franchises, des dépassements d’honoraires, des tarifs opposables qui ne sont pas suffisamment règlementés, pas tout à fait opposables… 

Garantir un haut niveau de protection sociale pour chacun réclame aussi de garantir un haut niveau de solidarité en complémentaire santé. Les pratiques commerciales agressives des assureurs favorisent l’individualisation des risques au lieu de les mutualiser, la lourde taxation pèse sur les capacités de redistribution des mutuelles… 

Tout cela caractérise la santé comme un bien de consommation. Or, pour nous, la santé est un droit, pas une marchandise.

Il faudra donc également reconnaître le rôle singulier et essentiel des mutuelles, les vraies complémentaires santé solidaire qui n’ont pas d’actionnaires à rémunérer. 

C’est ce dont nous discuterons lors de la sortie du rapport du HCAAM. Nous examinerons en détail les scénarios proposés. Après l’année et demie de pandémie que nous venons de traverser, ne pas s’organiser pour rendre effectif pour toutes et tous le droit à la santé serait une faute grave et un non-sens.

Les mutuelles de France lancent justement la campagne « la santé est un droit », en quoi consiste-t-elle ?

Elle consiste à rappeler que la santé est un droit inaliénable ! Pouvoir se soigner, recevoir un revenu de remplacement quand la maladie ou l’accident vous empêche de travailler n’est pas un luxe à réserver à quelques « happy few ». C’est un droit qui doit être effectif, pour tous. Or aujourd’hui, il ne l’est pas. 

C’est dans ce cadre que vous publiez un cahier de 42 propositions « pour mettre les Français en protection sociale ». De quoi s’agit-il ?

C’est l’aboutissement de 18 mois de travail militant mené dans tout le pays afin de construire des propositions pour mettre la population en sécurité sociale. La pandémie de Covid-19 a souligné le danger que constitue la dérive marchande de la santé et de la protection sociale. Elle a remis au jour le rôle prépondérant de la Sécurité sociale pour protéger la population, malgré des décennies de réformes libérales. 

En se fondant sur nos valeurs, héritées des mutuelles ouvrières, sur l’expertise de nos militants, sur de riches dialogues avec des associations partenaires, des experts et des acteurs, la FMF verse au débat public 42 propositions pour mettre la population en sécurité sociale. Vous pouvez les retrouver sur le site internet créé pour l’occasionavec, en plus, des témoignages de responsables mutualistes et de militants associatifs avec qui nous avons dialogué.

Dans ce cahier, nous proposons de construire une protection sociale universelle pour permettre l’accès de toutes et tous à la santé en se fondant sur la citoyenneté en santé dans une société démocratique et en s’appuyant sur l’économie sociale et solidaire, levier du changement.

C’est sur cette base que nous interviendrons dans le débat à l’occasion des prochaines élections présidentielles et législatives. La santé et la protection sociale sont à l’ordre du jour et les libéraux n’ont pas, malgré la pandémie, abandonné leurs dogmes qui mettent en danger la population. Avec ce cahier, nous détaillons et nous argumentons autour d’une idée fondamentale : la solidarité n’est pas une charge mais une force et c’est même la condition d’une société libre.

François Fillonhttp://www.vivamagazine.fr
Directeur de la rédaction du magazine Viva, François Fillon s’intéresse à l’économie sociale et plus particulièrement aux questions de protection sociale.

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