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Perte d’autonomie : « Les mutuelles doivent s’engager dans la prévention »

Spécialiste du grand âge, auteur du rapport sur « La lutte contre l’isolement des personnes âgées » (juillet 2020), Jérôme Guedj vient d’être nommé directeur d’un nouvel Observatoire des politiques sociales de la Fondation Jean Jaurès *. Il compte y réfléchir notamment au couple Sécurité sociale+organismes complémentaires. Pour l’heure, il s’inquiète d’un énième report de la loi « grand âge et autonomie » ainsi que du manque de moyens pour ce secteur, malgré la prise de conscience des citoyens de la « vulnérabilité des personnes âgées face au covid ». Il affirme que la présence des mutuelles doit se généraliser dans la prévention de la perte d’autonomie.

– Que pensez-vous de la réforme annoncée d’une cinquième branche de la Sécurité sociale consacrée à la perte d’autonomie ?

Alors qu’on nous annonçait comme imminente une loi « Grand âge et autonomie », il semble que cette réforme va encore une fois être reportée. On entend qu’elle devrait être adoptée avant la fin de la mandature, une échéance bien lointaine. De même, il est fort probable qu’il n’y aura pas 1 milliard d’euros budgété dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), comme promis par le ministre de la Santé, Olivier Véran en juin dernier. Il y a de quoi s’inquiéter. C’est d’autant plus paradoxal que les Français ont été choqués par la vulnérabilité des personnes âgées face au covid. 

L’erreur du gouvernement est d’avoir décidé d’affecter la dette covid, contractée pour soutenir l’économie pendant la crise, à la Sécurité sociale. Cela retire toute marge de manœuvre à la Sécurité sociale, alors qu’il aurait fallu attribuer 1 milliard d’euros à la dépendance en 2021, puis 2 milliards en 2022 et ainsi de suite jusqu’à un rythme annuel de 10 milliards à partir de 2030, selon les estimations du rapport Libault. 

Certes le rapport Vachey qui vient d’être remis au Parlement liste les prélèvements possibles pour financer ce nouveau risque. Mais ce sont des pistes très difficiles à faire passer dans le contexte actuel (hausse de la CSG etc.).

– Pensez-vous que les mutuelles ont un rôle à jouer dans la perte d’autonomie ?

Les mutuelles ont un rôle à jouer en matière de prévention de la perte d’autonomie, la prévention étant au cœur de leurs actions. Elles ont la légitimité pour devenir parties prenantes de cette réforme du grand âge. Mais, si certaines mutuelles mènent déjà des campagnes dans ce domaine, ce sont toutes les mutuelles qui devraient s’engager. Leur présence devrait se généraliser dans ce secteur. Et elles devraient être identifiées comme des acteurs de la dépendance, comme elles le sont pour la santé.

Par ailleurs, en complément d’un système public constitué par la future 5èmebranche, on peut imaginer que les mutuelles proposent une assurance dépendance complémentaire facultative, comme pour la santé. Mais il faut d’abord définir le panier de soins et bien délimiter comment cela se répartit entre base et complémentaire. 

– Quels enseignements tirez-vous de cette crise sanitaire que nous traversons ?

Le principal enseignement, c’est la confirmation que nous vivons une révolution de la longévité et que celle-ci doit être abordée de façon transversale, interministérielle. Il faut une politique du grand âge qui implique d’aménager les espaces publics, les villes, les logements et de repenser le lien, le care, la place des personnes âgées. 

Nous sommes face à un phénomène civilisationnel : la cohabitation de quatre générations. C’est une transition démographique et on fait comme si de rien n’était. Il y a des vieux et il va y en avoir de plus en plus. Il manque une Greta Thunberg des personnes âgées. 

Ce manque de réactivité des responsables politiques est paradoxal car les Français aiment les vieux. Ils l’ont montré en acceptant le confinement, qui fut un grand moment de solidarité envers les anciens. Ce qui a été fait ponctuellement doit rentrer dans les habitudes : l’attention aux aînés, le portage de courses entre voisins, la considération. Il y a une prise de conscience des citoyens mais les politiques ne sont toujours pas au rendez-vous.

– Vous venez d’être nommé directeur d’un nouveau département de la Fondation Jean Jaurès : l’Observatoire des politiques sociales. Quelle est la mission de cet Observatoire ?

Il s’agit de replacer la question sociale au centre et de ne pas se satisfaire à gauche des seuls débats autour des sujets identitaires. Nous allons travailler sur des thèmes tels que l’accompagnement des femmes seules avec enfants, le logement, la pénibilité dans le cadre d’une réforme des retraites. En matière de protection sociale, nous allons réfléchir au couple Sécurité sociale+organismes complémentaires. Il s’agit d’y voir clair, même pour les mutuelles, sur les missions, les évolutions possibles. Je trouve aberrant que ce ne soit pas dans le débat public.

L’objectif est de réarmer le corpus à gauche, concrètement, pas en théorie mais dans le détail de chaque sujet. Ce qui permettra de regarder s’il y a des points de convergence dans la famille progressiste. 

* Jérôme Guedj est également conseiller départemental de l’Essonne (PS). Il co-anime avec Luc Broussy, le think tank « Matières grises » créé en mai 2018.

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