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L’organisation de notre système de soins est-elle encore possible ?

Il y a juste un an, le président de la République annonçait le Plan « Ma santé 2022 » qui avait pour but de refondre l’organisation des soins en facilitant les coopérations et le travail en équipe. Un an après, la crise des Urgences rabat les cartes. Quelles solutions pour sortir de l’impasse alors que 255 services sont en grève. Dans les « Contrepoints de la santé », les journalistes Pascal Maurel et Philippe Leduc, invitaient des professionnels du secteur à en débattre.

Si la crise dans les Urgences est ancienne, la rigueur budgétaire n’a cessé de l’aggraver. On connaît les solutions. En aval : réouvrir des lits pour que les patients puissent être hospitalisés. En amont : éviter que les patients ne se rendent aux Urgences pour des pathologies qui n’en relèvent pas et cela, en favorisant une meilleure prise en charge en ville. Simple sur le papier, cette organisation de notre système de soins semble impossible et les 750 millions annoncés par Agnès Buzyn dans son “Pacte de refondation pour les Urgences” ne semble pas calmer la colère des professionnels de santé.

 « La fermeture de lits n’a pas cessé depuis des années. Le temps passé par les patients aux Urgences s’allongent. Ils restent sur des brancards dans les couloirs. Repenser le système de santé, c’est mettre des moyens maintenant», explique Orianne Plumet, Vice-Présidente du Collectif Inter-urgence qui regroupe les 255 services d’Urgences déjà en grève : «  Certes, le gouvernement commence à annoncer des mesures timides, comme cesser la fermeture de lits ou en ouvrir dans certains endroits, sous responsabilité des Agences régionales de santé mais dans le même  temps, on continue à fermer des services. Non, les différentes annonces faîtes par Agnès Buzyn ne nous ont pas convaincu».

« 750 millions d’euros c’est mettre une rustine sur un système qui s’écroule et d’autant plus qu’on sait qu’une partie de cette somme sera « piquée » sur l’argent destiné aux CPTS» Jean Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France ne décolère pas et moins encore lorsqu’on accuse les médecins généralistes de ville de ne plus jouer le jeu des Urgences en n’assurant plus les gardes et la permanence des soins. «Les médecins libéraux en ont marre. Simplement en Ile de France, 70 % travaillent dans des déserts médicaux. Il faut arrêter de charger la mule». Celui-ci tient à rappeler que son syndicat avait demandé à Nicolas Revel, le patron de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, une majoration de 15 euros pour prendre en charge des malades hors patientèle dans le cadre de soins non programmés, alors même que le tarif de la consultation classique, à 25 euros, est l’un des moins élevés d’Europe. A ce jour, il n’a pas été entendu.

François Braun, président de Samu urgences de France est plus inquiet encore :

« Il faut des mesures immédiates pour les Urgences qui sont en train de mourir. Sinon, on ne passera pas l’hiver ».

L’urgentiste interrogé sur la mise en place du Service d’accès aux soins (SAS) proposé par Agnès Buzyn comme réponse à la crise s’interroge: « Le Sas, oui c’est très bien même si ce qu’on met dedans est très flou. D’après ce que nous comprenons. Il s’agir du 15 actuel, auquel on rajoute la téléconsultation, la réorientation vers des cabinets libéraux. De plus, il n’aura pas d’effets tout de suite et ne réglera pas la question des lits d’aval ».

Pour l’urgentiste, il y a d’ores et déjà un message à faire passer aux patients : «Avant de vous déplacer, appelez. Le Samu, est la plateforme de régulation médicale. C’est elle qui sait s’il faut inciter le patient à aller aux Urgences, envoyer une ambulance… Demain, ces plateformes devront mettre en œuvre une meilleure collaboration entre libéraux et hospitaliers afin que personne ne soit sous la coupe l’un de l’autre mais aussi SOS médecins, Doctolib, les Maisons médicales de garde, les psychiatres…. Nous avons deux mois pour y parvenir».

Anne-Marie Thomazeau
Rédactrice en chef adjointe du magazine Viva, Anne-Marie Thomazeau est spécialisée dans la protection sociale et l’économie de la santé.

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